Echec du Conseil des ministres européens du 21 mars sur l’objectif 2030 de l’UE

Le sommet énergie-climat de l’UE le 21 mars 2014 s’est soldé par un échec pour la partie climat. Éclipsé par les autres sujets (notamment la crise russo-ukrainienne), la question climatique a peu retenu l’attention, et le texte final ne s’est pas engagé sur un objectif chiffré pour 2030. La France a juste obtenu que la position de l’UE pour les négociations climatiques soit définie d’ici octobre 2014. Or cette question d’agenda s’avère cruciale pour la suite des évènements. « Après l’échec de Copenhague, s’il y avait un échec à Paris, il n’y aurait plus d’engagement international possible sur le climat » a prévenu François Hollande.

Les conclusions du sommet Énergie Climat adoptées vendredi 21 mars dévoilent une Europe divisée : l’objectif de 40 % de réduction d’émission de CO2 d’ici 2030, soutenu par la Commission et plusieurs pays européens n’y est pas mentionné, mais de plus le calendrier des négociations climatiques reste relativement flou. En janvier dernier, la Commission a publié un scénario de réduction de 40 % des émissions. Elle a également proposé que 27 % du mix énergétique provienne des énergies renouvelables, même si les États membres sont libres de choisir eux-mêmes leur propre ratio d’énergie propre.

La Pologne, avec le soutien de pays d’Europe orientale, semble avoir réussi à faire en sorte qu’aucune décision ne soit prise sur le paquet énergie-climat 2030 avant 2015, malgré l’opposition de pays de premier plan, tels que le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne. Les 28 chefs d’État doivent se revoir en juin sur le sujet, et trouver un terrain d’entente sur les principes aspects du dossier.

La France défend la position de la Commission concernant les objectifs chiffrés. Mais elle insiste aussi sur « la nécessaire refonte du marché du carbone », pour lequel elle a déjà fait des propositions (un rapport de J.M. Charpin a été remis au gouvernement français en mars).

Climat : le GIEC annonce un coût extrême du réchauffement climatique

Le Groupe Intergouvernemental des Experts de Climat, regroupant la grande majorité des experts scientifiques du climat doit publier fin Mars 2014 le second volet du 5ème Rapport d’évaluation, faisant l’État de l’art des connaissances actuelles sur le changement climatique.

Le 2nd volet (WGII) portera sur les impacts, l’adaptation et la vulnérabilité au changement climatique. Un quotidien japonais – Yomiuri Simbun – a publié en avance un projet de document qui sera proposé par le GIEC à la fin du mois.

Les prévisions sont alarmantes : à la fin du siècle, le coût pour l’économie mondial pourrait être évalué à 1450 milliards de dollars. En effet, les productions agricoles devraient subir de sérieux revers si la température augmentait de 2,5°C d’ici à 2100, une hypothèse basse dans les évaluations du GIEC. Pour les seules céréales (blé, maïs, riz, orge, etc.), la production mondiale devrait baisser entre 0,2% et 2% chaque décennie. Les cultures céréalières, qui représentent 15% des surfaces agricoles de la planète, seraient affectées par la hausse de la température et des conditions météorologiques dégradées, comme des pluies fortes et répétées.

Un autre risque est la submersion de terres, avec une élévation du niveau de la mer, et l’apparition de réfugiés climatiques. Les exodes de populations pourraient concerner des centaines de millions de personnes à la fin du siècle, principalement dans les pays d’Asie, estiment les experts du GIEC selon le quotidien japonais. Déjà, depuis 1990, d’importants exodes de population des régions rurales du Pakistan ont été mesurés par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, à Washington. Des transhumances liées «aux températures extrêmes plus qu’aux pluies diluviennes », mais qui ont déjà réduit d’un tiers les recettes agricoles des fermiers locaux.

En termes financiers, d’autres données sont plus difficiles à calculer. «Comment évaluer l’impact économique du réchauffement climatique sur la biodiversité, la ressource en eau et la dégradation des infrastructures?», s’interroge le climatologue français Hervé Le Treut, contributeur du GIEC.

Néanmoins, des estimations chiffrées devraient être débattues du 25 au 29 mars à Yokohama (Japon) par un groupe de travail du GIEC consacré au «cinquième rapport d’évaluation sur les conséquences, l’adaptation et la vulnérabilité » au réchauffement climatique.[1]

Lancement par l’ONU de la Décennie de l’accès à l’énergie pour tous

Les Nations Unies cherchent  à mobiliser la communauté internationale (gouvernements, entreprises, bailleurs de fonds internationaux, société civile), pour atteindre l’accès à l’énergie universel d’ici dix ans. Le lancement de la Décennie de l’Accès à l’Energie durable pour tous est organisé dans chaque région ciblée au cours de l’année : le 5 février fut lancée la Décennie pour la région Asie à New Delhi (Inde).[1]

A ce jour, 1.2 milliard d’êtres humains restent dépourvus d’un accès fiable à l’électricité, dont la moitié vit en Afrique subsaharienne. Aussi, 2.8 milliards restent dépendants de la biomasse traditionnelle pour la cuisson des aliments. Grand absent des Objectifs du Millénaire pour le Développement, chacun reconnaît désormais l’accès à l’énergie comme un levier essentiel du développement des populations les plus pauvres de la planète.

L’accès à l’électrification à partir de sources d’énergies durables se situe au croisement des deux grands axes de solidarité internationale qui ont mobilisé les Nations Unies depuis deux décennies : l’éradication de l’extrême pauvreté et la maîtrise du changement climatique. Car, même en quantité limitée, l’électricité permet de rompre le cercle vicieux de l’extrême pauvreté : l’éclairage ; le téléphone, internet et la télévision ; l’eau potable ; la réfrigération pharmaceutique et alimentaire ; la modernisation agricole ; l’artisanat ; etc. C’est à dire l’éducation, la santé, le développement économique, le maintien des populations dans les campagnes. L’énergie sera au cœur des Objectifs de Développement Durable prévus pour poursuivre les efforts en matière de développement après 2015.

L’ONU s’est saisie du sujet dès 2011, alors que le Secrétaire Général M. Ban KI-MOON a lancé l’initiative Sustainable Energy for All (SE4ALL) afin de renforcer l’action de l’ensemble des parties prenantes sur la question de l’accès à l’énergie. L’initiative s’appuie sur trois objectifs à l’horizon 2030 :

  1. fournir un accès universel aux services énergétiques modernes ;
  2. doubler le taux de croissance global de l’efficacité énergétique ;
  3. doubler la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique mondial.

L’initiative SE4ALL a su générer un certain effet d’entraînement depuis son lancement : plus de 75 pays ont adhéré aux objectifs de l’ONU, incluant certains grands émergents (Inde, Chine). Les gouvernements, le secteur privé et de nombreuses institutions multilatérales mobilisent des ressources en soutien des trois objectifs poursuivis.

L’initiative SE4ALL est co-présidée par le Secrétaire Général des Nations Unies et le Président de la Banque Mondiale, M. Jim Yong KIM. Elle est dotée d’un Comité de Conseil (Advisory Board) constitué de leaders mondiaux de gouvernements, du secteur privé, et de la société civile. Un comité exécutif agit comme facilitateur pour catalyser l’action en faveur de l’accès à l’énergie pour tous et afin de renforcer les engagements des parties prenantes. Il est présidé par M. Chad HOLLIDAY, Président du directoire de Bank of America et dirigé par M. Kandeh YUMKELLA, Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies.[2]



[1] Le communiqué de presse :

-        http://www.unis.unvienna.org/unis/en/pressrels/2014/unisma41.html

[2] L’ONU lance la Décennie de l’Accès à l’énergie pour tous (2014-2024) – Pour en savoir plus :

-        http://www.un.org/en/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/RES/67/215

-        http://www.se4all.org/

-        http://www.worldbank.org/en/topic/energy/publication/Global-Tracking-Framework-Report

Remise du rapport de mission au Ministre délégué Pascal Canfin : « Innover par la mobilisation des acteurs : une nouvelle approche de l’aide au développement »

A la demande de Pascal Canfin, Ministre Délégué au Développement, un dirigeant d’une grande entreprise (Danone) Emmanuel Faber, et un ancien syndicaliste sud‐africain, compagnon de lutte et ancien ministre de Nelson Mandela, Jay Naidoo, ont réfléchi ensemble avec l’aide d’une petite équipe et consulté de nombreux responsables internationaux, experts, acteurs du secteur public comme du privé, des grandes entreprises comme des ONGs. Ce Rapport, qui devrait être remis au Ministre et publié le 27 mars prochain, propose des approches innovantes qui revisitent ce qu’il est convenu d’appeler « l’aide au développement ». Il ouvre le débat par des propositions concrètes. Ce faisant, il questionne en profondeur la manière dont l’aide est conçue et mise en œuvre depuis des années. S’articulant sur les axes précédents, les recommandations privilégient systématiquement et de façon transversale l’appui au renforcement de la capacité d’agir des femmes et des hommes, en faveur de leur propre développement, de celui de leur famille et de leur communauté. En voici dix exemples :

  1. Face à l’enjeu primordial de la santé des femmes, de la productivité de leur travail et de la déforestation, lancer une initiative Healthy Cookstoves for Africa appuyée sur un système de type paiement sur résultats (development impact bond).
  2. Investir massivement dans l’agriculture familiale, de fait dépriorisée dans l’APD mondiale, au travers d’une Initiative pour l’Agriculture Familiale Africaine, à la faveur de l’Année de l’Agriculture Familiale déclarée par l’ONU en 2014.
  3. Créer un laboratoire d’Urbanisme Social en Afrique Subsaharienne à l’occasion du Forum Urbain de Medellin en 2014 avec pour objectif de faire émerger en 5 ans des expériences réussies d’intégration sociale urbaine.
  4. Pour lutter d’urgence contre le sous‐emploi massif des jeunes, se focaliser totalement sur la formation professionnelle des jeunes par alternance, renforcer les fédérations d’artisans et les associations professionnelles de l’économie traditionnelle et prioriser la formation des maîtres.
  5. Relancer le marché du carbone volontaire européen pour en faire un outil unique d’aide au développement finançant, par l’achat d’externalités CO2, la transition énergétique africaine vers un modèle plus faiblement intensif en carbone.
  6. Appuyer une réforme des politiques nationales des fonds d’électrification rurale, dont le fonctionnement freine le déploiement off‐grid, de même que la réforme des Universal Service Funds téléphoniques et des fonds de subvention à l’énergie fossile.
  7. Soutenir la création d’un African Leaders Campus pour accompagner les futurs dirigeants africains (entreprise, société civile, administration) vers le développement inclusif et favoriser l’émergence d’un leadership apte à inventer une nouvelle trajectoire économique, sociale et environnementale.
  8. Donner un cadre juridique au social business, et modifier l’article 1832 du Code Civil pour permettre aux entreprises françaises de participer plus facilement à l’économie inclusive.
  9. Créer une Facilité de l’Economie Inclusive pour le Développement qui permettra de structurer le soutien public aux coalitions d’acteurs (voir ci‐dessous).
  10. Poursuivre l’adaptation du rôle et des capacités de l’AFD, ainsi que de la relation avec ses tutelles, pour favoriser ces innovations.

Sondage : pour les européens la lutte contre le changement climatique dynamise l’économie et l’emploi

 

Selon  un sondage Eurobaromètre spécial sur le changement climatique publié le 3 mars, quatre citoyens européens sur cinq reconnaissent que la lutte contre le changement climatique et l’amélioration de l’efficacité énergétique sont susceptibles de dynamiser l’économie et l’emploi.

Il s’agit d’un résultat légèrement supérieur à celui obtenu lors du précédent sondage, réalisé en 2011, dans le cadre duquel 78 % des personnes interrogées étaient de cet avis, observe la Commission. Aucun État membre n’a enregistré de résultat inférieur à 65 % de réponses positives. Le sondage révèle également que sept citoyens sur 10 estiment que la réduction des importations de combustibles fossiles en provenance de pays tiers pourrait engendrer des bénéfices économiques.

le Fonds Africa50 lancé par la Banque Africaine de Développement

 

Les gouvernements subsahariens sont confrontés à des difficultés de financement majeures de leurs infrastructures, contraints par de faible taux d’épargne, une assiette imposable étroite, une administration budgétaire inefficace dans de nombreux cas et des marchés de capitaux sous-développés. Les financements internationaux sont volatils et imprévisibles. Ces gouvernements s’appuient principalement sur la finance privée ; l’emprunt aux banques ; l’émission de dettes souveraines ; des subventions en provenance de bailleurs de fonds internationaux…

L’Afrique subsaharienne souffre d’un déficit d’infrastructures ne lui permettant pas d’atteindre son plein potentiel de développement : l’accès à l’électricité est le principal manque sur le territoire, mais les réseaux de transports, d’alimentation en eau potable et d’assainissement, et dans une moindre mesure de communication laissent largement à désirer.

Pour combler ce déficit, la Banque Mondiale affirme qu’il est nécessaire d’apporter 50 milliards de dollars par an d’investissements additionnels, qui pourraient renforcer la croissance annuelle du sous-continent de 2 points de PIB.La Banque Africaine de Développement cherche à offrir un meilleur accès aux marchés obligataires internationaux pour les pays subsahariens. Elle a notamment développé le Africa Infrastructure Development Index afin de suivre le développement des infrastructures africaines pays par pays : des données précises sont proposées quant à la génération d’électricité, la souscription à des abonnements téléphoniques, la construction des routes, l’accès à l’eau…permettant ainsi de mesurer les progrès et d’orienter les actions de la BAD afin de compenser les retards.

La BAD permet de catalyser les financements afin de faciliter le développement du secteur privé. En 2012, 13 237 km de routes ont été construits ou remis en état ; 34 millions de personnes ont vu leur accès aux transports amélioré ; 14 500 km de lignes électriques ont été installés ; 1.1 GW de capacité de génération électrique ont été installés ; et 15 millions de personnes ont gagné l’accès à l’eau potable et à un réseau d’assainissement viable.

De plus, la BAD met en place le Fonds Africa50 afin de renforcer son soutien au développement des infrastructures africaines. Ce fonds sera ciblé sur des projets rentables, bénéfiques pour la croissance économique qui permettra de fournir un effet de levier conséquent pour le financement international de projets africains : la BAD ambitionne de rassembler 10 milliards de dollars de fonds propres tout en constituant un capital global d’une valeur de 100 milliards de dollars. « Africa50 sera orienté vers le développement, tout en restant une entité commerciale. 

La refonte de l’Aide Française au Développement au Parlement

Les objectifs principaux projet de Loi sur la refonte de l’Aide Française au Développement sont les suivants :
- donner la priorité aux pays les plus pauvres (PPP) – 85% de l’aide ira au pays africains ;
- mettre les questions du développement durable et de l’égalité femmes-hommes au centre des projets financés par la France – plus de financement de centrales alimentées en charbon, ni d’OGM ;
- développer la culture de la Responsabilité sociale et environnementale (RSE) dans les échanges entre les multinationales françaises et les pays étrangers.
Le projet annonce plus de transparence dans l’Aide au développement : la politique de développement et de solidarité internationale sera désormais évaluée tous les ans. La loi fixe 30 indicateurs de résultats : il sera possible de savoir combien de personnes ont été raccordées à un réseau électrique, combien de personnes ont obtenu l’accès à l’eau potable ou combien d’enfants ont été scolarisés. Pour plus de précisions, 16 sites internet détailleront les actions dans les 16 pays pauvres prioritaires choisies par l’Aide française au développement.
Le projet de loi renforce le rôle du Parlement dans l’utilisation de l’Aide au développement : jusqu’à présent, le Parlement ne pouvait examiner cette politique que dans le cadre de la loi de finances. Désormais, il pourra débattre des principes et des orientations décidées, et exercer sa mission de contrôle et d’évaluation de cette politique.

Projet de loi sur la refonte de l’Aide Française au Développement – Plus d’information :
- http://www.gouvernement.fr/gouvernement/l-aide-francaise-au-developpement-tournee-vers-les-pays-les-plus-pauvres
- http://www.gouvernement.fr/sites/default/files/fichiers_joints/dp_-_pl_developpement.pdf