Que faut-il retenir du sommet de Bonn sur le Climat ?

Alors que l’Agence Internationale de l’Energie vient de publier son Energy Technology Perspectives report 2014 qui chiffre à 44 000 milliards de $ les investissements nécessaires pour limiter le réchauffement à 2°, le dernier round des négociations climatiques qui s’est tenu à Bonn le 14 juin a montré quelques avancées même si de nombreux points de désaccord persistent. Comme annoncé dans le bulletins précédents (mars et mai), les discussions achoppent toujours sur la définition des « Contributions nationales » que les pays membres doivent présenter avant mars 2015. Selon les Nations Unies et les pays réunis au sein du Like Minded Developing Countries Negociating Bloc (qui comprend des pays pauvres mais aussi la Chine, les Philippines, le Venezuela…) les contributions des pays développés devraient intégrer outre des engagements chiffrés, le financement, les transferts de technologies et les échanges de bonnes pratiques.
La dernière ronde de négociations climat des Nations Unies, qui s’est conclue le 14 juin à Bonn (Allemagne) a permis de mieux définir ce qui pourrait être un futur accord global prévu pour 2015. Le rendez-vous, d’une durée de 2 semaines, est le dernier en date d’une série de rencontres intergouvernementales dans le cadre de la Convention climat des Nations Unies. Les représentants de la CCNUCC souhaitent qu’une première version (first draft) de l’accord soit signée lors de la Conférence climat de Lima fin 2014.
La bonne nouvelle est que les négociateurs ont pu détailler davantage leur vision d’un futur accord à Bonn. Si de nombreux points de désaccords persistent, on note quelques avancées.
« Tout le monde veut un accord mais y parvenir reste difficile », a confié un négociateur européen. « Il y a un élan, l’ambiance a été constructive mais le processus est fragile, car il y a des pays qui craignent que leurs intérêts ne soient pas pris en compte », a-t-il ajouté, malgré la méthode par consensus utilisée dans la diplomatie du climat.
Un élément clé est la définition des « Contributions nationales » que les pays membres doivent présenter avant mars 2015 pour obliger chaque pays à déclarer ses intentions en matière de politique climatique en vue de parvenir à un accord global par la suite.
De plus, les pays en développement souhaitent que les pays industrialisés annoncent clairement leurs engagements dans leurs Contributions nationales respectives, notamment sur les transferts financiers et technologiques ainsi que leur plan de réduction d’émissions en amont de la Conférence de Paris 2015.
Le Fonds Vert pour le Climat (GCF) devrait être la plateforme de financement majeure en support de « 100 milliards de dollars de financements innovants et additionnels » attendus à partir de 2020, mais pour l’instant il s’agit d’une banque sans argent.
Des avancées positives ont été observées du côté des 2 pays émetteurs majeurs, la Chine et les Etats-Unis, au cours de la quinzaine (voir par ailleurs). Ces nouveaux engagements pourraient encourager un effet d’entraînement en route vers la COP-21. Preuve de l’engagement Chinois, le ministre de l’environnement du pays était présent à Bonn.
Le prochain rendez-vous pour avancer vers une action collective à la hauteur du défi sera le sommet des chefs d’Etat organisé à New-York en septembre par le secrétaire général de l’ONU, spécialement sur le climat. Suivront une nouvelle session technique à Bonn (20-25 octobre), puis la conférence annuelle de l’ONU sur le climat, à Lima début décembre.
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Un site internet de la Commission européenne pour la transparence de l’aide au développement

La Commission européenne a lancé un portail internet regroupant l’ensemble des informations sur l’aide au développement et l’aide humanitaire de l’Europe.
Baptisé EU Aid Explorer, le site internet détaille les volumes d’aide ou les secteurs dans lesquels les États membres de l’UE et les institutions européennes sont intervenus au cours d’une année.
Une initiative qui permet d’avoir une vue d’ensemble de l’aide européenne ainsi que sur les contributions de chaque Etat membre. La France par exemple figure en 9ème position parmi les États membres contributeurs à l’aide humanitaire, avec 52,8 millions d’euros par an. En comparaison, la Suède, premier contributeur, a dépensé 528,5 millions d’euros en 2013, suivie par le Royaume-Uni (478,7 millions d’euros) et l’Allemagne (420,9 millions d’euros).
En 2012, la France figure au 5ème rang des bailleurs de fonds internationaux, dernière les États-Unis, les institutions européennes, le Royaume –Uni et l’Allemagne. L’Union européenne et les États membres octroient ensemble la majorité de l’aide publique au développement dans le monde, avec 54,4 % des contributions, loin devant les États-Unis (20,3 %) et le Japon (7 %)
Les données permettent également un aperçu des principaux bénéficiaires de cette aide, parmi lesquels on retrouve en première position la Côte d’Ivoire, puis l’Afghanistan. Les grandes puissances émergentes comme l’Inde et la Chine arrivent respectivement en 5ème et 9ème position.
L’ensemble des acteurs – citoyens européens, citoyen des pays bénéficiaires ou encore partenaires – peut ainsi avoir accès aux informations relatives à l’aide au développement. – « Le nouvel outil dont s’est dotée l’Union permettra d’encore améliorer la transparence de nos activités et de mieux rendre compte de notre action auprès des citoyens, tant dans l’UE que dans les pays en développement » a affirmé Andris Piebalgs, commissaire européen chargé du développement.
Si EU Aid Explorer est une première étape mise en place par la Commission afin d’améliorer l’accès aux informations relatives aux activités européennes d’aide au développement, le format du nouveau site reste encore imparfait. « Nous aimerions que l’instrument utilise de manière plus efficace les données publiées par l’Initiative internationale pour la transparence de l’aide (IITA) » souligne David Hall-Matthews, directeur de la plateforme Publish What You Fund.
L’Initiative internationale pour la transparence de l’aide (IITA) est utilisée par les pays donateurs, les gouvernements des pays en développement et les organisations non gouvernementales afin de publier des renseignements détaillés et accessibles à tous sur l’aide au développement international. Plus important, ce format qui se base sur des données ouvertes est utilisé par 37 donateurs internationaux représentant plus 75 % de l’aide mondiale.
Par ailleurs, le portail de la Commission européenne agrège simplement les informations disponibles auprès des différents donateurs et la majorité des données disponibles datent de 2012, et parfois même de 2011. Un décalage pointé du doigt par Publish What You Fund, qui appelle à un renforcement de l’initiative et une meilleure utilisation des données de l’IITA. « Si l’EU Aid Explorer utilisait à bon escient les données de l’IITA, il pourrait avoir des représentations graphiques qui examinent de près l’avancée des projets en utilisant des données d’actualité ; ce qui pourrait augmenter la plus-value de ces chiffres ».

La Loi sur l’Economie Sociale et Solidaire votée en 2ème lecture au Sénat

Le texte relatif à l’Economie Sociale et Solidaire a été votée en 2ème lecture au Sénat le 4 juin dernier. La 2ème lecture à l’Assemblée Nationale interviendra les 17 et 18 juin en Commission et en séance publique le 3 juillet. Voir le communiqué de Mme Caroline Delga, Secrétaire d’Etat chargée du Commerce, de l’Artisanat, de la Consommation et de l’Economie Sociale et Solidaire

http://proxy-pubminefi.diffusion.finances.gouv.fr/pub/document/18/17544.pdf

5ème rapport du GIEC : que nous apprennent les 2ème et 3ème volet ?

Avec la publication du 1er volet du 5ème rapport du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) consacré aux observations scientifiques du changement climatique, avec le second volet publié le 31 mars dernier consacré aux impacts et enfin la publication le 17 avril du 3ème volet, consacré aux solutions, nous disposons désormais du message intégral du la communauté scientifique des sciences du climat :
1. le changement climatique est réel ;
2. il est en grande partie d’origine anthropique ;
3. le réchauffement va s’accélérer si nous n’agissons pas rapidement ;
4. les solutions existent à un coût acceptable ;
5. mais le temps est compté.
Ce message est cependant rendu peu lisible par les Etats qui peinent à assumer leurs responsabilités sur le climat.

Rapport du GIEC 2ème volet : la stabilité mondiale est menacée par le réchauffement climatique

Le message des scientifiques du climat est comme chaque rapport de plus en plus clair… et alarmant : « La nature des risques liés aux changements climatiques est de plus en plus claire, bien que l’évolution du climat doive continuer à produire des surprises. (…) Les risques à venir imputables aux changements climatiques dépendent largement de l’ampleur de ces changements. Un réchauffement croissant augmente la probabilité d’incidences graves et généralisées pouvant être surprenantes voire irréversibles ».
« Le changement climatique n’est pas une possibilité parmi d’autres, dans un futur hypothétique, explique le biologiste Chris Field (Carnegie Institution for Science, Stanford), coprésident du groupe d’experts. Il est en train de se produire et cela a des conséquences partout sur Terre. » Pour la première fois, les experts du GIEC tentent d’évaluer si un événement climatique anormal doit être attribué au changement climatique ou non.
Peu d’éléments concrets se détachent néanmoins de la synthèse de ce rapport, probablement dû à l’influence des 195 Etats participant au GIEC. Ces derniers ont, semble-t-il, fait leur possible pour expurger la synthèse finale des informations et graphiques les plus explicites…
Ce 2ème volet, en charge d’évaluer les impacts des changements climatiques, la vulnérabilité et l’adaptation a produit un résumé à l’attention des décideurs, qui synthétise en 44 pages les quelque 2.000 pages du rapport complet. Le rapport ne propose pas de solutions d’adaptation toutes faites mais une méthodologie. Contrairement au premier volume de ce cinquième rapport, il n’y a donc pas de grandes conclusions, mais plutôt une série d’observations des impacts actuels et à venir, ainsi que des exemples de stratégies d’adaptation qui varient selon les contextes locaux. En conséquence, pour la première fois le rapport est scindé en deux parties : une première partie générale et une seconde qui aborde les conséquences régionales par le biais de synthèses continentales.

La nécessité d’une adaptation globale

Autre grande conclusion du rapport : l’adaptation incrémentale, c’est-à-dire l’adaptation marginale et dépendante des impacts ressentis, n’est pas idéale. Il faut plutôt envisager une adaptation globale, sans attendre d’être confronté aux premiers impacts.
Cependant, au-delà de ces quelques conclusion, le rapport est pauvre en données concrètes. Il faudra aller fouiller les 2000 pages du rapport complet pour se faire une idée de ce qui attend l’humanité. En cause, le travail de certains Etats qui ne souhaitaient pas voir figurer dans le rapport de synthèse certaines conclusions du document principal.
Un exemple illustre parfaitement ce travail d’édulcoration du résumé effectué par les représentants des Etats participant au GIEC. Le graphique synthétisant les impacts prévisibles devait marquer par deux droites horizontales les seuils de +2°C et +4°C par rapport à l’ère industrielle. Les risques encourus au-delà d’une hausse de 2°C, soit la hausse sur laquelle la communauté internationale cherche à s’entendre, aurait alors été immédiatement visibles. Un tel graphique aurait alors tout eu du symbole synthétisant autant que faire se peut des centaines d’études. Mais lors des discussions entre Etats, deux camps se sont affrontés : les pays les plus menacés souhaitaient fixer le seuil bas à 1,5°C (soit l’objectif qu’ils souhaitent voir adopter par la communauté internationale) et un groupe de pays mené, semble-t-il, par le Canada a demandé, et obtenu, le retrait des deux seuils. Officiellement, tracer de telles lignes reviendrait à émettre des recommandations aux décideurs, alors que le GIEC doit se limiter à présenter les faits. C’est certes vrai, mais sans ces deux lignes, le graphique perd tout son intérêt…
Même chose, concernant l’évaluation, pourtant cruciale, des coûts d’adaptation. Officiellement, la « vision parcellaire » de ces coûts justifie l’absence de chiffrage dans la synthèse destinée aux décideurs. Néanmoins, la réalité semble plus triviale : alors que la communauté internationale négocie actuellement le montant et le financement du fonds international d’adaptation pour la période post-2020, certains Etats ont refusé de voir inscrit dans le résumé du rapport du GIEC un chiffrage qui aurait servi de référence incontournable dans ces négociations. Et pourtant, la version originale du résumé stipulait bel et bien que l’adaptation coûterait entre 4 et 119 milliards de dollars par an… Cette fourchette a disparu du document final.

La baisse des rendements agricoles

En conséquence, au-delà du message sur l’indispensable adaptation aux impacts des changements climatiques, le résumé ne vient que confirmer, de façon assez floue, des faits bien connus des spécialistes, voire du grand public. Parmi les principaux impacts attendus, figure la modification des rendements agricoles. L’impact le plus fort devrait concerner le blé qui pourrait afficher une baisse de rendement, au niveau mondial, d’environ 2% par décennie. Mais cette évaluation n’est qu’une médiane et les études font apparaître des variations comprises entre 0 et -5%. Par ailleurs, cette évaluation globale ne dit rien des variations locales qui peuvent être plus importantes. Même constat pour le riz : si la médiane est plutôt rassurante, puisqu’aucune variation de rendement au niveau mondiale n’est annoncée, les études citées annoncent pourtant des modifications de rendement comprises entre +0,5 et -3,5%. Là encore, la variabilité locale n’est pas prise en compte. Or, pour répondre à la demande mondiale future, il faudrait en augmenter la production agricole de 14 % par décennie. L’Afrique est en première ligne. « Dans les régions rurales, des impacts majeurs sont attendus à brève échéance et au-delà, en raison des impacts du réchauffement sur la disponibilité en eau, la sécurité alimentaire, les revenus agricoles et les changements de zones de production, partout dans le monde « , indique le groupe d’experts.
De même, si la hausse du niveau des océans et l’augmentation des précipitations violentes devraient augmenter les risques d’inondation des côtes et des plaines alluviales, il est très difficile de tirer une règle générale. En effet, la hausse des océans enregistrée au 20ème siècle est de 20cm, mais la réalité varie fortement comme le montre l’exemple de l’archipel polynésien de Tuvalu qui a enregistré une élévation de l’océan Pacifique le long de ses côtes de l’ordre de 50cm au cours des cinquante dernières années. Tout au long du siècle, les populations côtières – plusieurs centaines de millions de personnes selon le rapport, dont une grande part en Asie – seront soumises à des inondations de plus en plus fréquentes en raison de l’élévation du niveau marin.
Côté adaptation, les capacités des écosystèmes et des espèces les composant varient selon des facteurs biologiques (en terme de renouvellement des populations ou capacité de déplacement, par exemple), les stress subis (en particulier la destruction des habitats et la compétition avec les espèces invasives) et la richesse génétique des populations. En l’occurrence, les insectes disposent d’une bonne capacité d’adaptation à des changements climatiques modérés. Ces éléments expliquent que la vitesse de migration des espèces vers les pôles, que de nombreux chercheurs ont étudiée, soit si hétérogène. Elle peut atteindre plus de 100 km par décennie pour certaines espèces de poisson ou au contraire être difficilement mesurable pour certaines espèces végétales. L’adaptation est d’autant plus nécessaire qu’une réduction des émissions de gaz à effet de serre n’aura d’effets importants qu’à l’horizon de la fin du siècle. Rien ne saurait infléchir la course climatique de la planète avant les trente à quarante prochaines années, auxquelles il faut, d’ores et déjà, se préparer.
Les travaux du groupe d’experts serviront de base aux négociations internationales sur le financement des actions d’adaptation et la réduction des gaz à effet de serre. L’objectif étant de limiter la hausse moyenne des températures à la surface du globe en deçà de 2 °C d’ici à la fin du siècle. Un objectif déjà hors d’atteinte.

3ème volet du rapport du GIEC : les solutions existent

Le 3ème volet, intitulé Climate Change 2014: Mitigation of Climate Change, dresse le tableau des solutions à notre disposition pour maîtriser le changement climatique. Il fait suite au premier volet sur les observations scientifiques du changement climatique ainsi qu’au second sur les impacts.
Le message de ce dernier est sans appel : si les Etats accordent encore quelque importance à l’objectif de limiter la hausse moyenne des températures mondiales à 2°C d’ici la fin du siècle, ils doivent agir dès maintenant en déployant des politiques d’une envergure sans commune mesure avec les initiatives prises jusqu’à présent.
Le rapport comportant près de 1200 projections socio-économiques, proposées par 235 scientifiques de 57 pays différents est destiné à éclairer les gouvernements dans leurs choix en compilant l’état des connaissances sur les possibles scénarios de décarbonisation de l’économie mondiale. Ce rapport servira de base aux négociations climatiques internationales dont un accord doit aboutir lors de la Conférence climat de Paris fin 2015.
Sept ans après le précédent, il confirme l’échec des politiques publiques mises en œuvre jusqu’à présent. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre atteignent des niveaux sans précédent et leur croissance n’a jamais été aussi rapide qu’au cours de la dernière décennie, rappellent les experts. En effet, de 2000 à 2010, les émissions ont augmenté de 2,2 % par an contre 1,3 % en moyenne au cours des trois décennies précédentes. L’utilisation accrue du charbon a annulé les progrès réalisés dans le secteur énergétique grâce au développement des renouvelables.
A ce rythme, le seuil des 2°C sera franchi dès 2030. « Le message de la science est clair », avertit l’allemand Ottmar Edenhorfer, un des trois vice-présidents de ce troisième volume, « pour se mettre à l’abri d’interférences dangereuses avec le système climatique, il faut sortir de la routine habituelle ».
Mais les experts du GIEC affirment qu’il est encore possible de respecter l’engagement de limiter le réchauffement à 2°C d’ici la fin du siècle. Cela impliquera en revanche une révolution de nos modes de production et de consommation d’énergie. La voie tracée par les experts du GIEC est étroite. Limiter d’ici la fin du siècle la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère à 450 ppm (partie par million) – valeur associée par les scientifiques à un réchauffement de 2°C – suppose de réduire les émissions mondiales entre 40 % et 70 % d’ici 2050 et de les ramener à un niveau « proche de zéro », d’ici la fin du siècle.

Une voie étroite qui requiert une révolution dans tous les secteurs économiques

Tous les secteurs économiques – énergie, transport, habitat, agriculture… – devront faire leur révolution. Il faudra pour cela réaliser « de rapides progrès dans le domaine de l’efficacité énergétique, parvenir à tripler voire quadrupler l’énergie neutre en carbone produite à partir des énergies renouvelables, du nucléaire, des agro carburants » sans oublier le développement massif des techniques de séquestration et de stockage du CO2 et des programmes à grande échelle de reforestation pour créer des puits de carbone.
Tout cela en partant de l’hypothèse que les obstacles pour accéder aux nouvelles technologies ont été levés, qu’il existe un prix mondial du carbone permettant de bien orienter les investissements et que les Etats coopèrent… Autant de conditions loin d’être réunies aujourd’hui. « La lutte contre le changement climatique réclame une coopération internationale sans précédent », a averti le président du GIEC, Rajendra Pachauri, à Berlin : « le train de l’atténuation doit quitter la gare maintenant et toutes les sociétés du monde devront embarquer ». Sans donner de détails, le rapport du GIEC insiste aussi à plusieurs reprises sur « la transformation des modes de vie » qui devra accompagner cette mutation radicale pour qu’elle réussisse.
Le rapport affirme clairement que si les gouvernements y tiennent, il est encore possible de maîtriser le changement climatique avec les technologies existantes. Mais plus ils attendent, plus ce sera coûteux. Et plus ils seront dépendants de solutions dont les risques sont mal maîtrisés ou les conséquences par exemple sur la sécurité alimentaire potentiellement importants.
Comme en 2007, les experts mettent en garde contre le coût économique de l’inaction. Plus les gouvernements tardent, plus la charge sera lourde pour les générations futures. Toutes les études analysées le confirment. Pour autant, les travaux de modélisation réalisés depuis sept ans et compilés par le GIEC n’ont pas produit d’évaluations solides des coûts et des bénéfices de la lutte contre le changement climatique.
Mais quid de l’impact sur l’emploi et la distribution des revenus, quid des effets sur la fiscalité des politiques de soutien aux énergies renouvelables que les experts du GIEC jugent encore nécessaires pendant de nombreuses années, des interférences avec les objectifs de sécurité alimentaire, de développement… Le rapport admet mal cerner ces effets « collatéraux ».
Ce sont pourtant eux – comme l’illustre le débat sur l’écotaxe en France – qui dans le temps court des politiques déterminent les arbitrages que les gouvernements font pour ou contre le climat. Jean-Charles Hourcade, ex directeur du Cired (Centre international de recherche sur l’environnement et le développement) qui participe depuis vingt ans aux travaux du GIEC : « Les modèles utilisés réfléchissent de façon mécanique en n’intégrant pas les « frictions » qui font le monde réel. Nous vivons en pleine hypnose. En l’état actuel, 2°C est un objectif impossible. Les économistes doivent en priorité réfléchir aux moyens de concilier lutte contre le changement climatique et emploi ».
Le rapport est certes limité dans l’analyse microéconomique du changement climatique mais ce n’est pas une raison suffisante pour l’inaction dont font preuve les décideurs politiques depuis l’échec de Copenhague. Christian Gollier de l’Université de Toulouse 1 et co-auteur du rapport pointe aussi les limites des connaissances actuelles que traduit le rapport du GIEC : « aucune réponse concrète et réaliste n’est apportée ». Les économistes ne sont cependant, pour lui, pas seuls à blâmer. « La balle est dans le camp des politiques. Des choix de société doivent être faits. Combien sommes-nous prêts à payer pour ne pas laisser ce fardeau aux générations futures ? La science ne peut pas répondre à cette question », poursuit-il.
Que retiendront alors les « décideurs » : un nouveau message d’urgence face à une tâche titanesque ? Certes. Mais aussi qu’il existe au cours des deux prochaines décennies, à travers le basculement annoncé de la population mondiale des campagnes vers les villes, la possibilité de construire des sociétés sobres en carbone. Peut-être pas pour limiter le réchauffement à 2°C mais pour s’éloigner radicalement de la trajectoire actuelle des émissions qui conduit sans transformation des modes de production à une hausse de 3,7 à 4,8°C des températures mondiales à la fin du siècle.