Relations ONG-Entreprises au profit de l’environnement

Bruno Rebelle, Directeur de Transitions, Agence conseil en stratégie Développement durable et ancien directeur des programmes de Greenpeace International se fait l’avocat de relations plus étroites entre entreprises et Organisation non gouvernementales, au profit de l’environnement.

Prenant l’exemple de la lutte contre la déforestation en Indonésie, dont l’entreprise Asia Pulp and Paper a été un fer de lance depuis 2013, Brunon Rebelle met en avant le rôle d’un dialogue approfondi entre ONG et entreprises. Asia Pulp and Paper, géant indonésien de la pâte à papier, s’est engagé à cesser, depuis le 1er février 2013, tout abattage de forêt primaire et de ne s’approvisionner qu’à partir des plantations développées depuis plusieurs années. APP est détenteur de 2,6 millions d’hectares de concession, environ 2,5% de la forêt indonésienne. En stoppant toute destruction, APP fait la démonstration qu’elle peut à la fois prétendre à la première place mondiale des entreprises de production intégrée de pâte et de papier et se positionner en leader de la protection des forêts mondiales, réserve de carbone essentielle à l’équilibre du climat planétaire.

Évidemment, APP n’a pas fait ce grand pas en avant spontanément, en découvrant, du jour au lendemain, la fragilité de l’écosystème dont elle tirait depuis toujours ses revenus. Il aura fallu que les grandes ONG de défense de l’environnement se mobilisent pour dénoncer la déforestation et faire le lien entre les arbres détruits en Indonésie et le packaging des produits présents sur les rayons des supermarchés du monde entier. Une confrontation classique qui a terni l’image de l’entreprise et fait fuir nombre de ses clients historiques, inquiets d’être associés à un destructeur de forêts.

Pour Bruno Rebelle, « les entreprises se sont presque habituées à ces confrontations redoutant le moment où, prises en flagrant délit de crime environnemental, pour reprendre la sémantique ONG, elles doivent s’expliquer, faire amende honorable et se faire oublier jusqu’à la prochaine colère de la société civile. »

Le fait intéressant dans le cas cité ici, est que les dirigeants d’APP, comme ceux de Greenpeace, en première ligne dans la confrontation, ont compris qu’ils avaient intérêt à dépasser leur opposition, pour identifier ensemble des pratiques nouvelles au service d’un double bénéfice : pour l’entreprise et pour l’environnement. Passant de l’affrontement autour des machines de débardage et des tronçonneuses à la table de négociation, ces acteurs ont su instaurer une forme de coopération qui pourrait faire école. D’un côté l’entreprise expose ses ambitions, fait état du changement qu’elle peut initier, mais présente aussi ses contraintes et les limites qu’elle perçoit pour mener la transformation qu’elle considère comme nécessaire.

De l’autre, les ONG formulent leurs points d’attention pour s’assurer que la mutation des pratiques est à la fois authentique, suffisamment ambitieuse, pour que les effets attendus soient au rendez-vous, mais également gérable au regard des contraintes inhérentes au fonctionnement interne de ces acteurs économiques.

Ainsi, l’entreprise qui était une partie du problème, devient une partie de la solution et, l’ONG accusatrice devient par nécessité collaboratrice. Dans de nombreux secteurs, on voit émerger ces nouvelles formes de dialogue :on peut citer ainsi, les récents travaux sur l’huile de palme avec le Palm Oil Innovation Group.

« Cette évolution marque ainsi le passage d’une opposition binaire entre entreprises ‘forcément coupables’ et ONG ‘totalement irrationnelles’ pour entrer sur le terrain de la coproduction de solutions… un exercice beaucoup plus exigeant pour toutes les parties. », explique Bruno Rebelle.[1]

 

[1] Relations ONG-Entreprises au profit de l’environnement – Pour en savoir plus :

-        http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20141003tribe7f86f83c/pour-un-dialogue-entre-ong-et-grandes-entreprises-au-profit-de-l-environnement.html

Chine : un 8ème marché du carbone régional lancé

La ville de Qingdao, peuplée de 9 millions d’habitants est en train de créer, par elle-même, un marché de CO2 à l’échelle régionale.

La ville portuaire, oubliée par les 7 projets pilotes créés en 2013 par l’administration centrale chinoise, souhaite instaurer un marché local, en soutien de sa stratégie de réduire de moitié son intensité carbone entre 2005 et 2020. Comme les autres marchés en Chine, celui-ci devrait couvrir les industries lourdes et le secteur électrique, les quotas étant distribués gratuitement.

La Chine pourrait en outre lancer un marché du carbone au niveau national dans le cadre du plan quinquennal 2016-2020.

Par ailleurs, une étude du Global Carbon Project, publiée en septembre, montre quel les émissions de CO2 par tête en Chine (7,2 tonnes) ont pour la première fois dépassé celles de l’Union Européenne (6,8 tonnes) en 2013, soit 45% au-dessus de la moyenne mondiale.

En revanche, les émissions historiques (sur la période 1870-2013) restent nettement inférieures en Chine (11%) comparées aux Etats-Unis (26%) et à l’Union Européenne (23%). [1]

 

 

[1] Chine : un 8ème marché du carbone régional lancé – Pour en savoir plus :

-        http://www.rtcc.org/2014/10/17/qingdao-prepares-chinas-8th-regional-carbon-market/

-        http://www.globalcarbonproject.org/

-        http://www.globalcarbonproject.org/carbonbudget/14/files/GCP_budget_2014_lowres_v1.02.pdf

Global Hunger Index : la « faim invisible » frappe deux milliards d’humains

Aujourd’hui, une personne sur huit, et même un enfant sur six, souffre de la faim dans le monde. « Seize pays continuent d’afficher un niveau de faim “extrêmement alarmant” ou “alarmant” », alerte International Food Policy Research Institute (IFPRI) qui publie un état des lieux de la faim dans le monde.

Centre de recherche international basé à Washington, l’IFPRI établit chaque année un indice (Global Hunger Index, GHI) qui mesure le niveau de la faim, à partir des données de mortalité infantile, de sous-alimentation et d’insuffisance pondérale infantile pays par pays. L’évolution globale de cet indice montre une nette amélioration depuis 1990 sur le front de la faim dans le monde mais malgré dont le niveau demeure « grave », d’après l’Institut.

Le nombre d’individus souffrant de la faim a diminué au cours des 25 dernières années parce que la sous-alimentation a enregistré un fort recul dans de grands pays tels que la Chine, l’Inde, l’Indonésie ou encore le Vietnam. Mais il reste des pays où la situation s’améliore peu et il s’agit de pays où la croissance démographique reste élevée et qui de surcroît ont un milieu naturel fragile.

La moyenne mondiale masque de fait d’importantes disparités entre pays et régions. Parmi les seize pays les plus gravement affectés, deux, l’Erythrée et le Burundi, présentent une situation « extrêmement alarmante ». En Afrique subsaharienne, les taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans ont diminué. Mais la situation demeure extrêmement précaire et le sous-continent détient le score GHI régional le plus élevé, suivi de près par l’Asie du Sud. C’est dans ces deux régions que se situent la quasi-totalité des pays dont la situation est jugée « alarmante ». En Afrique subsaharienne, un seul pays, le Ghana, a fortement diminué ses scores GHI depuis 1990 : insuffisance pondérale et mortalité infantiles ont baissé de plus de 40 %, tandis que la proportion de personnes sous-alimentées a été réduite de manière radicale, passant de 44 % en 1990-1992 à moins de 5 % en 2011-2013.

Dans son rapport, l’Ifpri insiste cette année sur le fléau « crucial mais souvent négligé » de la « faim invisible », une forme de malnutrition survenant lorsque l’apport ou l’absorption de vitamines et minéraux ou oligo-éléments (zinc, iode, fer, vitamines A et B) ne suffisent pas à assurer une bonne santé et un bon développement. La faim invisible touche plus de 2 milliards d’individus, soit plus du double des 805 millions de personnes sous-alimentées, recensées par l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dont les besoins caloriques ne sont pas satisfaits. Si les effets de la faim invisible ne sont pas observables à court terme, ils se révèlent dévastateur à long terme : hausse de la mortalité maternelle et infantile, handicaps physiques, affaiblissement du système immunitaires et des facultés intellectuelles. La faim invisible tue ainsi chaque année 1,1 million d’enfants sur les 3,1 millions qui meurent chaque année de sous-alimentation.

Au-delà des conséquences sur la santé, ce fléau affecte lourdement les économies des pays en nuisant à la productivité des populations. Elle amputerait ainsi le produit intérieur brut (PIB) de la plupart des pays en développement de 0,7 % à 2 %. On estime à 1 % la perte de PIB en Inde et à 2,3 % en Afghanistan.[1]

 

 

[1] Global Hunger Index : la « faim invisible » frappe deux milliards d’humains – Adapté de :

-        http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/10/13/la-faim-invisible-frappe-deux-milliards-d-humains_4505535_3244.html

Pour en savoir plus : http://www.ifpri.org/sites/default/files/publications/ib83fr.pdf

Les 4 leçons alarmantes du rapport du GIEC (Article de l’OBS avec AFP)

Les experts sur le climat ont publié dimanche 2 novembre à Copenhague une évaluation mondiale dont le message est clair : face à l’ampleur du réchauffement, il faut agir vite pour réduire les émissions de CO2, ce qui est possible sans compromettre la croissance.
« Nous avons peu de temps avant que la possibilité de rester sous les 2°C ne disparaisse », déclare dans un communiqué Rajendra Kumar Pachauri, le président du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), qui a réalisé la plus complète évaluation du changement climatique depuis 2007.
Cette nouvelle évaluation globale est le fruit d’un colossal de partage des connaissances (30.000 études passées en revue, 800 auteurs principaux): c’est la cinquième publiée par le Giec après celles de 1990, 1995, 2001 et 2007.
Elle reprend les résultats de trois rapports thématiques rendus en septembre 2013 (preuves du réchauffement), en mars 2014 (impacts) et en avril 2014 (mesures pour atténuer la hausse des températures).
Elle doit servir de base scientifique aux responsables politiques dans les négociations internationales devant aboutir fin 2015 à Paris à un accord global.

Objectif : maintenir la hausse globale des températures sous le seuil de 2°C
La communauté internationale s’est fixé comme objectif de maintenir la hausse globale des températures sous le seuil de 2°C, afin de limiter les impacts du changement climatique déjà à l’oeuvre et dont la vitesse est inédite.
Pour garder le cap des 2°C, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (CO2, méthane, protoxyde d’azote) doivent être réduites de 40 à 70% entre 2010 et 2050, et disparaître totalement d’ici 2100, estiment les scientifiques.
Cela implique de se détourner massivement des énergies fossiles, d’améliorer fortement l’efficacité énergétique, de limiter la déforestation, etc, et d’investir pour cela des centaines de milliards de dollars d’ici à 2030.
Pour autant, ce tournant énergétique ne compromettrait pas la croissance mondiale, mettent en avant les experts (climatologues, économistes, océanographes, etc).
Des efforts « ambitieux » de réduction de gaz à effet de serre feraient baisser de 0,06 point le taux annuel de la croissance mondiale, estimé entre 1,6 et 3% au cours du 21e siècle, avancent-ils.
Cette estimation ne prend pas en compte les bénéfices économiques liés à l’atténuation du changement climatique (infrastructures, agriculture, pêche, santé, etc.).
les systèmes hydrologiques ont été altérés par la modification des précipitations et la fonte des glaces, affectant dans certaines régions la disponibilité et la qualité de l’eau.

1 Les vagues de chaleurs augmentent en Europe, en Asie, en Australie
Les impacts sont déjà visibles sur tous les continents: précipitations accrues dans certaines zones et en baisse ailleurs, répartition modifiée des espèces marines et terrestres, rendements agricoles globalement en baisse, vagues de chaleur plus fréquentes en Europe, Asie, Australie.
Comprendre :
Les régions où les précipitations ont augmenté sont plus nombreuses que celles où elles ont diminué.
La répartition, les migrations et la population de nombreuses espèces marines ou terrestres ont été modifiées.
L’impact global sur les rendements agricoles est négatif.
La fréquence des vagues de chaleur a augmenté dans des parties de l’Europe, de l’Asie et de l’Australie.

2 « L’atmosphère et les océans se sont réchauffés »
« L’atmosphère et les océans se sont réchauffés, les quantités de neige et de glace ont diminué, le niveau de la mer a augmenté », a résumé Thomas Stocker, vice-président du Giec.
Les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont atteint les niveaux les plus élevées depuis 800.000 ans.
Conséquence :
La température moyenne à la surface de la planète a gagné 0,85°C entre 1880 et 2012, une vitesse inédite. Celle à la surface des océans a augmenté de 0,11°C par décennie entre 1971 et 2010.
Le niveau moyen des océans s’est lui élevé entre 1901 et 2010 de 19 cm.
Dans la région de l’Arctique, qui se réchauffe plus rapidement que la moyenne de la planète, la surface de la banquise a diminué de 3,5 à 4,1% par décennie entre 1979 et 2012.
A noter que l’Antarctique suit le chemin inverse (+ 1,2 à 1,8%), même si certaines régions de ce continent ont perdu de la glace.

3 Beaucoup d’espèces (animales ou végétales) vont s’éteindre
Le réchauffement se poursuivant, le Giec prévient, qu’à l’avenir, les conséquences seront plus lourdes pour l’écosystème de notre planète.
Le rythme actuel des émissions de gaz à effet de serre aura des impacts « graves, étendus et irréversibles ».
La région arctique continuera à se réchauffer plus rapidement que la moyenne de la planète.
Les vagues de chaleur seront plus fréquentes, les vagues de froid moins fréquentes sur la majeure partie de la planète.
Les changements concernant les précipitations ne seront pas uniformes: précipitations annuelles en hausse dans le Pacifique équatorial, aux latitudes élevées et dans les régions humides aux latitudes moyennes, baisse dans les régions subtropicales sèches.
L’océan va encore se réchauffer et s’acidifier.
L’élévation du niveau des mers va se poursuivre à un rythme encore plus élevé: elle pourrait aller de 26 cm à 82 cm, en fonction des émissions, entre 1986-2005 et la fin du 21e siècle; la hausse ne sera pas uniforme sur le globe.
Le volume global des glaciers, à l’exception de l’Antarctique, devrait baisser de 15 à 55% avec le scénario d’émissions le plus faible et de 35 à 85% avec la trajectoire la plus élevée.
Risques accrus d’extinction pour de nombreuses espèces (animales ou végétales) qui ne pourront pas se déplacer assez vite pour s’adapter.

4 Les risques de conflits vont s’accroître
« Nous avons les moyens de limiter le changement climatique », a insisté Rajendra Kumar Pachauri, pour qui « les solutions sont nombreuses et permettent un développement économique et humain continu ». « Tout ce dont nous avons besoin, c’est de la volonté de changer », a-t-il ajouté. Youba Sokona, vice-président du Giec, souligne de son côté que « plus nous attendons pour agir, plus ce sera couteux ». Surtout en terme de sécurité alimentaire, de disponibilité en eau potable, de risques d’inondations et de tempêtes, avec une hausse probable des déplacements de population et de conflits pour l’accès aux ressources.
La sécurité alimentaire affectée notamment dans les régions dépendant de la pêche.
Baisse des rendements céréaliers (blé, riz, maïs) dans les régions tempérées et tropicales.
Baisse des ressources d’eau potable dans les régions subtropicales sèches.
Risques accrus dus aux inondations, glissements de terrain, tempêtes.
Hausse des déplacements de population.
Risques de conflits accrus pour l’accès aux ressources.