La Chine déclare la guerre à la pollution locale

Le Ministère de la protection environnementale chinois a annoncé lundi 2 février, que 90% des grandes villes du pays ne sont pas parvenues à respecter les normes de qualité de l’air en 2014, une proportion inquiétante qui est toutefois en amélioration par rapport à 2013. C’est en effet seulement 8 des 74 localités suivies par le ministère qui ont réussi à se mettre en conformité avec les règles nationales concernant une série de mesures de la pollution, telles que PM2,5, qui mesure les particules dans l’air, le monoxyde de carbone et l’ozone.

En 2013, seules trois villes, Haikou, dans la province du Hainan, Lhassa, capitale du Tibet et les îles constituant Zhoushan, respectaient ces dernières. Elles ont été rejointes l’an dernier par Shenzhen, Huizhou et Zhuhai dans la province du Guangdong, Fuzhou, dans le Fujian voisin, et Kunming dans le sud-ouest. Sur les dix communes les moins bien « classées », sept sont situées dans la province du Hebei, spécialisée dans l’industrie lourde, qui entoure Pékin.

Si des améliorations sont notées, les efforts menés restent loin du compte : la mesure moyenne du PM2,5 dans la région Pékin-Hebei-Tianjin était de 93 microgrammes par mètre cube l’an dernier. La norme admise par l’Etat est de 35 microgrammes. La moyenne nationale ne devrait pas descendre à ce niveau avant 2030, estime le gouvernement chinois.

Encore davantage que le changement climatique (dont l’enjeu est mondial), la Chine semble prendre la question de la pollution locale avec un grand sérieux : fin décembre 2014, un tribunal provincial a condamné un groupe d’entreprises à une amende de 22,5 millions d’euros pour avoir pollué 2 rivières. Un niveau de sanction record dans le pays.

En effet, le tribunal de la province du Jiangsu a annoncé la condamnation de six entreprises locales de produits chimiques à payer 160 millions de yuans (22,5 millions d’euros). Ces entreprises étaient poursuivies pour avoir déversé des déchets acides dans deux cours d’eau entre janvier 2012 et février 2013. La qualité de l’eau est un autre problème majeur pour la Chine : en 2013, dans 60% des zones testées par le ministère des Terres et de l’Utilisation des ressources, la qualité des eaux souterraines était « mauvaise » ou « très mauvaise ».

Les autorités chinoises ont décidé de s’emparer du problème, qui suscite un mécontentement populaire croissant. Début 2014, le Premier ministre, Li Keqiang, proclamait que la Chine devait « déclarer la guerre à la pollution », en ouverture de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP). Forte de ce soutien, fin novembre, l’organisation All-China Environment Federation (ACEF) attaquait en justice le géant pétrolier PetroChina, un groupe public, pour avoir rejeté des eaux non traitées autour d’une de ses raffineries de la province du Jilin, dans le nord-est, réclamant 60,75 millions de yuans (8,5 millions d’euros) de dommages et intérêts.

Pour preuve de la détermination des autorités à imposer ce contrôle, ce sont deux organisations publiques ou semi-publiques qui sont à l’origine des poursuites en justice contre les pollueurs. L’organisation All-China Environment Federation, créée par l’Etat, est ainsi promue par les autorités, tandis que les ONG indépendantes subissent des pressions et sont parfois empêchées de travailler.

Les entreprises condamnées à 22,5 millions d’euros d’amende étaient quant à elles poursuivies par l’association de protection de l’environnement de Taizhou, un groupe d’intérêt public créé en février dernier et dont le président n’est autre que le chef du bureau de l’environnement de la ville.[1]

 

[1] La Chine déclare la guerre à la pollution locale – pour en savoir plus :

-        http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/02/02/en-chine-90-des-grandes-villes-ne-respectent-pas-les-normes-de-pollution_4567718_3244.html

-        http://www.novethic.fr/empreinte-terre/pollution/isr-rse/en-chine-la-justice-fait-payer-les-pollueurs-143031.html

Etats-Unis / France : une opinion publique globalement favorable à la lutte contre le changement climatique

Un sondage national rendu public jeudi 30 janvier et conduit par l’université Stanford (Californie), le think tank Resources for the Future et le New York Times, montre qu’une forte majorité d’Américains est favorable à des politiques de lutte contre le réchauffement.

Selon l’étude, 67 % des personnes interrogées sont favorables à la mise en place de telles politiques et déclarent qu’elles voteront plus probablement en 2016 pour un candidat à l’élection présidentielle qui fera de la lutte contre le réchauffement l’une de ses priorités.

Une surprise de l’enquête est l’adhésion assez large du camp républicain, dont près de la moitié (48 %) des sympathisants est également favorable à l’action climatique. Ce chiffre chiffre est en fort contraste avec l’opinion généralement affichée par les élus du grand parti conservateur américain : selon un récent comptage mené par l’association Climate Progress, les trois-quarts des parlementaires républicains sont climato-sceptiques. Une estimation récemment confirmée par le rejet d’un projet de résolution déposé le 20 janvier au Sénat par le camp démocrate, qui consistait simplement à affirmer la responsabilité des activités humaines dans le réchauffement.

Le changement climatique est aux Etats-Unis un sujet d’opposition radicale entre droite et gauche. Les évènements météorologiques majeurs qui s’abattent depuis quelques années sur le pays semblent avoir impacté l’opinion américaine. C’est en tout cas ce que suggèrent les résultats de l’enquête. A la question : « Si rien n’est fait pour réduire le réchauffement à venir, quelle sera l’ampleur du problème pour les Etats-Unis ? » 78 % des personnes interrogées répondent que le problème sera « très sérieux » (44 %) ou « plutôt sérieux » (34 %). Une majorité se dégage également au sein des rangs conservateurs : 54 % des républicains et même 59 % des sympathisants du Tea Party font ainsi de la question climatique un enjeu important pour l’avenir des Etats-Unis.

L’ampleur du problème au niveau mondial est plus consensuel encore, puisque 83 % des répondants (et 61 % des républicains) l’estiment « sérieux » à « très sérieux » pour l’avenir.

Ce constat est cependant tempéré par la conviction, majoritairement affichée par les personnes interrogées, toutes tendances confondues, que le changement climatique n’a eu et n’aura que peu, ou pas, d’influence sur leur propre vie. Près de 60 % des personnes interrogées conviennent cependant que cette influence sera « importante » à « très importante » pour les futures générations.

En outre, 78 % des personnes interrogées (60% des républicains) seraient d’accord avec une limitation, imposée par le gouvernement fédéral, des quantités de gaz à effet de serre émises par les entreprises américaines. De même, 80% des répondants soutiendraient une politique de déductions fiscales pour les producteurs d’énergies renouvelables. En revanche, des taxes sur l’électricité supportées par les particuliers, de même qu’une sur-taxation des hydrocarbures, sont assez massivement rejetées.

L’étude montre enfin que le climato-scepticisme est en net recul aux Etats-Unis, la part de climato-sceptiques (qui représente désormais 19% de la population) ayant reculé de 10 points depuis le précédent sondage en 2011. En France, le climato-scepticisme s’élève à 20% en France, d’après un sondage Ipsos-Havas réalisé début janvier 2015. En revanche, 43% des français n’ont à ce jour pas entendu parler de la CoP21. Seuls 22% disent connaître précisément le but de cet évènement, tandis que 35% en ont seulement entendu parler.

Ce dernier sondage s’est aussi attaché à la perception du rôle des entreprises face à l’enjeu climatique. Avec des résultats contrastés. Pour 65 % des personnes interrogées, les entreprises françaises « ne sont pas mobilisées dans la lutte contre le changement climatique ». Pour autant, 77 % sont d’avis que les grandes entreprises «peuvent agir de manière efficace» dans ce domaine, et presque autant (71%) que les petites et moyennes entreprises peuvent faire de même.

Source : Havas Worldwide

Qu’attendent-ils concrètement de ces entreprises ? Avant tout qu’elles «réduisent l’impact de leur activité sur le changement climatique» (68%) et, subsidiairement, qu’elles «innovent et permettent ainsi à leurs clients-consommateurs de s’adapter aux effets du changement climatique». Les entreprises devraient ainsi donner la priorité à la lutte contre le gaspillage des matières premières (63%), à la réduction de leur consommation d’énergie ou d’eau (44%) et à la conception de «produits et solutions innovants» ayant moins d’impact sur le climat (44%). Pour inciter les entreprises à adopter des pratiques vertueuses, les sondés misent principalement sur «les réglementations édictées par les pouvoirs publics» (40%), ainsi que la « pression » des clients ou consommateurs (32%). Mais ils ne sont que 3% à croire que «la pression de leurs salariés» puisse être d’une quelconque efficacité.[1]

 

[1] Etats-Unis : une opinion publique globalement favorable à la lutte contre la changement climatique – pour en savoir plus :

-        http://www.nytimes.com/interactive/2015/01/29/us/global-warming-poll.html?_r=0

-        http://www.lemonde.fr/climat/article/2015/02/02/deux-tiers-des-americains-favorables-a-une-politique-de-lutte-contre-le-rechauffement_4568441_1652612.html

-        http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/02/10/changement-climatique-des-solutions-existent-pour-9-francais-sur-10_4573750_3244.html

-        http://www.rtcc.org/2014/11/24/mapped-how-the-world-sees-climate-change/