Bloomberg : la baisse des prix du pétrole n’affectera pas les investissements dans les énergies renouvelables

Les investissements dans les énergies renouvelables (EnR) ont augmenté de 16% à travers le monde en 2014, selon les données publiées le 9 janvier par Bloomberg New Energy Finance (BNEF). Elles ont atteint 310 milliards de dollars l’an dernier, enregistrant leur première hausse depuis 2011. Leur augmentation a été de 32% en Chine et de 8% aux Etats-Unis. En Europe, elle n’a été que de 1%. Mais en France, la progression s’est élevée à 26%. Un chiffre qui s’explique en particulier par le projet de centrale photovoltaïque de Cestas, en Gironde (avec 300 MW, ce devrait être la plus puissante d’Europe).

La baisse de 55% environ des cours du pétrole brut depuis la mi-2014 ne semble donc pas avoir affecté les projets en matière d’EnR à travers le monde. Normal pour cette année, les décisions d’investissement résultent de longues préparations. La diminution des prix pétroliers n’a pas d’impact à court terme sur ces investissements.

Reste donc à savoir si la chute des cours aura un effet notable dans les prochains mois. Or, les analystes s’attendent à une nouvelle forte hausse des décisions d’investissement dans les EnR en 2015, en croissance de 15% dans le solaire et de 15% également dans l’éolien. Ils devraient être avant tout tirés par la Chine et les Etats-Unis.

À l’inverse, entre 2012 et 2013, alors que les cours du brut étaient encore élevés, les investissements dans les EnR avaient diminué de manière notable en Europe. Cette décorrélation entre prix pétroliers et investissements dans les énergies renouvelables s’explique tout d’abord par le fait que dans de nombreux pays, les EnR électriques sont assez significativement subventionnées par les Etats, préservant ainsi leur rentabilité et les protégeant des aléas de marché.

Ensuite, le pétrole ne concurrence directement les EnR que pour une très faible part de la production d’électricité. Il ne sert à produire que 5% de l’électricité mondiale. Le gaz, en revanche, est un vrai concurrent des EnR. Ses prix restent certes en partie corrélés à ceux du pétrole, mais moins que par le passé. Ces dernières années, les importateurs ont souhaité qu’ils dépendent davantage des prix des marchés spot du gaz, au détriment de l’indexation sur les cours du brut. Ainsi, les prix du gaz n’ont pas diminué dans les mêmes proportions que ceux du pétrole.

Enfin, avec la baisse progressive du coût des EnR électriques permet chaque année à ces technologies de s’approcher un peu plus de la parité réseau et d’approcher la compétitivité prix avec les énergies fossiles.

La situation est en revanche bien différente pour les énergies propres dans le secteur des transports. Les ventes de véhicules électriques seront probablement les premières à sentir l’impact d’un pétrole moins cher, qui a réduit le coût de l’essence et rendu les voitures conventionnelles plus économiques, analyse BNEF. Pour ce qui est des agrocarburants, ils sont l’une des rares EnR à avoir enregistré une baisse des investissements l’an dernier (-7%, à 5,1 milliards de dollars).

Au final, ce sont davantage le pétrole et le gaz non conventionnels nord-américains (gaz de schiste, de houille, etc.) que les investissements mondiaux dans les EnR qui risquent d’être fortement affectés par la chute des cours du brut.[1]

 

[1] Bloomberg : la baisse des prix du pétrole n’affectera pas les investissements dans les énergies renouvelables – pour en savoir plus :

-        http://about.bnef.com/press-releases/oil-price-plunge-clean-energy-real-impact/

-        http://www.bloomberg.com/news/articles/2014-12-22/electric-cars-hurt-most-in-renewables-industry-from-oils-slump

-        http://www.novethic.fr/lapres-petrole/energies-renouvelables/isr-rse/enr-pourquoi-les-prix-bas-du-brut-ne-reduisent-pas-les-investissements-143009.html

Inde : pour limiter les émissions sans affecter la croissance, une politique de développement des énergies renouvelables

L’Inde, troisième principal pays émetteur de CO2 au monde en 2014, aura une équation difficile à résoudre dans les années à venir. Pour ce pays de 1,2 milliard d’habitants, il s’agit de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique, dont le pays est l’une des premières victimes, sans compromettre son développement.

Lors de la CoP21, l’Inde aura un rôle clé à jouer. Le pays, dont le quart de la population n’a toujours pas accès à l’électricité, où les villes vont devoir accueillir entre 250 et 400 millions d’habitants supplémentaires d’ici à 2050, et dont l’industrie est en pleine croissance reste l’un des principaux émetteurs actuels et devra contribuer à l’accord mondial de décembre 2015.

Lors du sommet Delhi Sustainable Development Summit (DSDS) qui s’est tenu à New Delhi du 4 au 7 février, le gouvernement indien a réitéré sa position : celle d’un accord qui devra respecter le principe de « responsabilité commune mais différenciée ».

Dans le même temps, pour afficher ses efforts dans la lutte contre le réchauffement climatique, le ministre indien de l’environnement, Prakash Javadekar, préfère multiplier les annonces sur les technologies propres et plaide, au passage, pour que les pays du Nord lui en facilitent l’accès. Le gouvernement a ainsi dévoilé, lors du sommet DSDS, son objectif de produire 100000 MW d’énergie solaire d’ici à 2020. Objectif ambitieux : ces 8 dernières années, des capacités de production de 30 000 MW ont été installées dans le pays.

Le financement de ce plan reste à définir : les organismes publics chargés de gérer la production de l’électricité dans chaque Etat régional sont au bord de la faillite. Leurs dettes représentent à elles seules 0,7 % du PNB indien. Le gouvernement doit réformer le secteur de l’électricité et donner des garanties aux entreprises s’il veut les voir investir 170 milliards de dollars (150 milliards d’euros) estimés nécessaires pour atteindre l’objectif.

Malgré ses ambitions dans le secteur du solaire, et quoi qu’en dise le gouvernement indien, le charbon restera la principale source d’énergie dans les années à venir, répondant à près de 80 % de ses besoins d’ici à 2030. Et au cours des derniers mois, les lois de protection de l’environnement ont été assouplies pour favoriser l’exploitation de mines de charbon.

L’Inde ne perd pas une occasion de rappeler ses statistiques de pauvreté pour justifier son besoin de développement et donc d’augmentation de ses émissions de gaz à effet de serre. Or cet argument est de plus en plus contesté : l’Inde n’est plus considéré comme un pays pauvre mais un pays riche avec beaucoup de pauvres : la 11ème économie mondiale, qui compte près de 300 millions d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté.

La pression sur l’Inde pour qu’elle s’engage sur un objectif d’émissions de gaz à effet de serre s’est renforcée, en novembre dernier, lorsque Pékin a annoncé un plafonnement de ses émissions en 2030, dans un accord signé avec les Etats-Unis. L’Inde a perdu un précieux allié.[1]

 

 

 

[1] Inde : pour limiter les émissions sans affecter la croissance, une politique de développement des énergies renouvelables – pour en savoir plus :

-        http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/02/09/a-geneve-semaine-cle-pour-les-negociations-climat_4572653_3244.html

-        http://timesofindia.indiatimes.com/city/nagpur/Govt-to-build-11500MW-renewable-energy-plants/articleshow/46179737.cms

Négociations climat : à Genève, un pas en avant, mais beaucoup de travail jusqu’à Paris

Au terme d’une semaine de tractations, les 195 parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) se sont mis d’accord sur un texte de 86 pages qui servira de base aux négociations climatiques destinées à contenir le réchauffement planétaire à 2 °C, lors de la Conférence climat de Paris qui se tiendra en décembre prochain.

La réunion de Genève est une réussite : elle s’est même terminée avec 2 heures d’avances sur le planning initial. Le texte adopté a permis de rétablir la confiance entre pays développés et pays en développement, mise à mal depuis la dernière conférence climat de Lima fin 2014. Les échanges entre pays du Nord et du Sud ont été nombreux et constitue l’un des points positifs de la semaine. Ce texte est aussi un premier pas vers la signature d’un accord juridique à Paris à la fin de l’année.

Mais le chemin à parcourir est encore long, et le cœur des négociations est devant nous. Car le brouillon d’une quarantaine de pages ébauché au Pérou en compte plus du double à l’issue de la semaine de négociations genevoises. Les coordinateurs des négociations cherchent surtout à éviter de répéter le processus de négociations de Copenhague en 2009, qui avait été mal préparé et n’avait pu aboutir à un accord faute de temps. En l’état, le texte[1] compile des positions parfois divergentes, voire contradictoires, en matière de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, d’adaptation au changement climatique, d’engagements financiers, de sécurité alimentaire ou encore des droits humains…

Cette logique d’ajouts correspond au processus normal des négociations, pour que les pays se rassurent sur le fait que leurs voix seront entendues. Après cette phase de gonflage, la phase de « dégonflage » s’annonce plus ardue. Mais l’objectif de Genève est atteint : le texte existe et respecte les règles procédurales de l’ONU stipulant qu’il faut soumettre aux Etats membres le projet d’accord juridique six mois avant son adoption, autrement dit, au plus tard en mai.Le document va désormais transiter dans les bureaux de l’ONU, notamment pour traduction dans ses six langues officielles (anglais, arabe, chinois, espagnol, français, russe), avant de rejoindre Bonn, qui accueillera la prochaine session de travail début juin. Pour augmenter encore les chances d’aboutir à Paris à un accord compatible avec l’objectif de limiter à 2 °C le réchauffement planétaire d’ici à la fin du siècle, les coprésidents des débats ont convaincu le secrétariat de la CCNUCC d’intercaler dans le calendrier une phase de négociations supplémentaire. Les négociateurs se rendront donc de nouveau à Bonn début septembre, puis à nouveau fin octobre.

Les points de désaccords, notamment la notion de responsabilité différenciée (quels pays seront concernés par une contrainte des émissions), l’étendue et l’horizon des objectifs, les transferts financiers d’aide à la maîtrise du changement climatique n’ont pas été traités lors de cette réunion. Mais le processus n’a pas pris de retard… et en soi cela constitue un succès.[2]

 

[1] Le texte adopté à Genève : http://unfccc.int/files/bodies/awg/application/pdf/negotiating_text_12022015@2200.pdf

[2] Négociations climat : à Genève, un pas en avant, mais beaucoup de travail jusqu’à Paris – pour en savoir plus :

-        http://newsroom.unfccc.int/fr/bienvenue/les-gouvernements-s-accordent-sur-le-texte-de-negociation-pour-laccord-climatique-de-paris/

-        http://www.lemonde.fr/climat/article/2015/02/14/climat-accord-sur-un-texte-de-negociations_4576613_1652612.html

-        http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/02/13/les-etats-franchissent-la-premiere-etape-du-marathon-sur-le-climat_4576334_3244.html

-        http://www.rtcc.org/2015/02/13/un-climate-chief-hails-new-sense-of-trust-but-hard-work-remains/

L’Appel de Manille pour une COP21 ambitieuse et ouverte à la société civile

En mission aux Philippines pour plaider pour un accord universel sur le climat à Paris à la fin de 2015, François Hollande et son homologue philippin, Benigno Aquino, ont appelé, jeudi 26 février, à un accord « ambitieux, équitable et universel ».

L’« Appel de Manille », élaboré par les deux pays, est censée donner un élan à la préparation de la conférence de Paris sur le climat en décembre 2015. Cet appel représente le moment clé d’une visite de quarante-huit heures aux Philippines pour François Hollande, qui avait souhaité, en coopération avec Nicolas Hulot, centrer ce déplacement sur le climat.

La délégation française voit dans ce déplacement l’occasion de contracter des partenariats économiques autour d’une reconstruction respectueuse du développement durable. Plusieurs accords commerciaux ont été signés par les entreprises françaises présentes dans le domaine des énergies renouvelables, des transports ou des infrastructures.

Pour la France, une partie de l’accord lors de la COP21 se joue dans cette implication des grands groupes et des établissements bancaires, qui sont appelés à investir dans le Fonds vert pour le climat pour atteindre les 100 milliards de dollars par an attendus à partir de 2020.

Si l’Appel de Manille n’évoque pas la nécessité d’aboutir à un accord juridiquement contraignant, ne mentionne pas la limite des 2°C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle à ne pas dépasser, François Hollande a rappelé néanmoins à plusieurs reprises que les Etats n’avaient pas tous la même responsabilité dans ces dérèglements, et que les pays développés se devaient de faire un effort. « L’appel de Manille, c’est pour que le monde soit plus juste, entre les pays développés et les pays fragiles, entre les pays riches et les pays pauvres », a-t-il expliqué. « L’alliance entre la France et les Philippines peut entraîner le reste du monde », veut croire François Hollande, qui espère que l’engagement d’un pays à la fois émergent et victime du réchauffement climatique poussera d’autres états à faire de même.[1]

 

[1] L’Appel de Manille pour une COP21 ambitieuse et ouverte à la société civile – pour en savoir plus :

-        http://www.elysee.fr/declarations/article/appel-de-manille-a-l-action-pour-le-climat/

-        http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/02/26/a-manille-hollande-lance-un-appel-solennel-contre-le-rechauffement-climatique_4583837_3244.html

La Chine déclare la guerre à la pollution locale

Le Ministère de la protection environnementale chinois a annoncé lundi 2 février, que 90% des grandes villes du pays ne sont pas parvenues à respecter les normes de qualité de l’air en 2014, une proportion inquiétante qui est toutefois en amélioration par rapport à 2013. C’est en effet seulement 8 des 74 localités suivies par le ministère qui ont réussi à se mettre en conformité avec les règles nationales concernant une série de mesures de la pollution, telles que PM2,5, qui mesure les particules dans l’air, le monoxyde de carbone et l’ozone.

En 2013, seules trois villes, Haikou, dans la province du Hainan, Lhassa, capitale du Tibet et les îles constituant Zhoushan, respectaient ces dernières. Elles ont été rejointes l’an dernier par Shenzhen, Huizhou et Zhuhai dans la province du Guangdong, Fuzhou, dans le Fujian voisin, et Kunming dans le sud-ouest. Sur les dix communes les moins bien « classées », sept sont situées dans la province du Hebei, spécialisée dans l’industrie lourde, qui entoure Pékin.

Si des améliorations sont notées, les efforts menés restent loin du compte : la mesure moyenne du PM2,5 dans la région Pékin-Hebei-Tianjin était de 93 microgrammes par mètre cube l’an dernier. La norme admise par l’Etat est de 35 microgrammes. La moyenne nationale ne devrait pas descendre à ce niveau avant 2030, estime le gouvernement chinois.

Encore davantage que le changement climatique (dont l’enjeu est mondial), la Chine semble prendre la question de la pollution locale avec un grand sérieux : fin décembre 2014, un tribunal provincial a condamné un groupe d’entreprises à une amende de 22,5 millions d’euros pour avoir pollué 2 rivières. Un niveau de sanction record dans le pays.

En effet, le tribunal de la province du Jiangsu a annoncé la condamnation de six entreprises locales de produits chimiques à payer 160 millions de yuans (22,5 millions d’euros). Ces entreprises étaient poursuivies pour avoir déversé des déchets acides dans deux cours d’eau entre janvier 2012 et février 2013. La qualité de l’eau est un autre problème majeur pour la Chine : en 2013, dans 60% des zones testées par le ministère des Terres et de l’Utilisation des ressources, la qualité des eaux souterraines était « mauvaise » ou « très mauvaise ».

Les autorités chinoises ont décidé de s’emparer du problème, qui suscite un mécontentement populaire croissant. Début 2014, le Premier ministre, Li Keqiang, proclamait que la Chine devait « déclarer la guerre à la pollution », en ouverture de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP). Forte de ce soutien, fin novembre, l’organisation All-China Environment Federation (ACEF) attaquait en justice le géant pétrolier PetroChina, un groupe public, pour avoir rejeté des eaux non traitées autour d’une de ses raffineries de la province du Jilin, dans le nord-est, réclamant 60,75 millions de yuans (8,5 millions d’euros) de dommages et intérêts.

Pour preuve de la détermination des autorités à imposer ce contrôle, ce sont deux organisations publiques ou semi-publiques qui sont à l’origine des poursuites en justice contre les pollueurs. L’organisation All-China Environment Federation, créée par l’Etat, est ainsi promue par les autorités, tandis que les ONG indépendantes subissent des pressions et sont parfois empêchées de travailler.

Les entreprises condamnées à 22,5 millions d’euros d’amende étaient quant à elles poursuivies par l’association de protection de l’environnement de Taizhou, un groupe d’intérêt public créé en février dernier et dont le président n’est autre que le chef du bureau de l’environnement de la ville.[1]

 

[1] La Chine déclare la guerre à la pollution locale – pour en savoir plus :

-        http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/02/02/en-chine-90-des-grandes-villes-ne-respectent-pas-les-normes-de-pollution_4567718_3244.html

-        http://www.novethic.fr/empreinte-terre/pollution/isr-rse/en-chine-la-justice-fait-payer-les-pollueurs-143031.html

Etats-Unis / France : une opinion publique globalement favorable à la lutte contre le changement climatique

Un sondage national rendu public jeudi 30 janvier et conduit par l’université Stanford (Californie), le think tank Resources for the Future et le New York Times, montre qu’une forte majorité d’Américains est favorable à des politiques de lutte contre le réchauffement.

Selon l’étude, 67 % des personnes interrogées sont favorables à la mise en place de telles politiques et déclarent qu’elles voteront plus probablement en 2016 pour un candidat à l’élection présidentielle qui fera de la lutte contre le réchauffement l’une de ses priorités.

Une surprise de l’enquête est l’adhésion assez large du camp républicain, dont près de la moitié (48 %) des sympathisants est également favorable à l’action climatique. Ce chiffre chiffre est en fort contraste avec l’opinion généralement affichée par les élus du grand parti conservateur américain : selon un récent comptage mené par l’association Climate Progress, les trois-quarts des parlementaires républicains sont climato-sceptiques. Une estimation récemment confirmée par le rejet d’un projet de résolution déposé le 20 janvier au Sénat par le camp démocrate, qui consistait simplement à affirmer la responsabilité des activités humaines dans le réchauffement.

Le changement climatique est aux Etats-Unis un sujet d’opposition radicale entre droite et gauche. Les évènements météorologiques majeurs qui s’abattent depuis quelques années sur le pays semblent avoir impacté l’opinion américaine. C’est en tout cas ce que suggèrent les résultats de l’enquête. A la question : « Si rien n’est fait pour réduire le réchauffement à venir, quelle sera l’ampleur du problème pour les Etats-Unis ? » 78 % des personnes interrogées répondent que le problème sera « très sérieux » (44 %) ou « plutôt sérieux » (34 %). Une majorité se dégage également au sein des rangs conservateurs : 54 % des républicains et même 59 % des sympathisants du Tea Party font ainsi de la question climatique un enjeu important pour l’avenir des Etats-Unis.

L’ampleur du problème au niveau mondial est plus consensuel encore, puisque 83 % des répondants (et 61 % des républicains) l’estiment « sérieux » à « très sérieux » pour l’avenir.

Ce constat est cependant tempéré par la conviction, majoritairement affichée par les personnes interrogées, toutes tendances confondues, que le changement climatique n’a eu et n’aura que peu, ou pas, d’influence sur leur propre vie. Près de 60 % des personnes interrogées conviennent cependant que cette influence sera « importante » à « très importante » pour les futures générations.

En outre, 78 % des personnes interrogées (60% des républicains) seraient d’accord avec une limitation, imposée par le gouvernement fédéral, des quantités de gaz à effet de serre émises par les entreprises américaines. De même, 80% des répondants soutiendraient une politique de déductions fiscales pour les producteurs d’énergies renouvelables. En revanche, des taxes sur l’électricité supportées par les particuliers, de même qu’une sur-taxation des hydrocarbures, sont assez massivement rejetées.

L’étude montre enfin que le climato-scepticisme est en net recul aux Etats-Unis, la part de climato-sceptiques (qui représente désormais 19% de la population) ayant reculé de 10 points depuis le précédent sondage en 2011. En France, le climato-scepticisme s’élève à 20% en France, d’après un sondage Ipsos-Havas réalisé début janvier 2015. En revanche, 43% des français n’ont à ce jour pas entendu parler de la CoP21. Seuls 22% disent connaître précisément le but de cet évènement, tandis que 35% en ont seulement entendu parler.

Ce dernier sondage s’est aussi attaché à la perception du rôle des entreprises face à l’enjeu climatique. Avec des résultats contrastés. Pour 65 % des personnes interrogées, les entreprises françaises « ne sont pas mobilisées dans la lutte contre le changement climatique ». Pour autant, 77 % sont d’avis que les grandes entreprises «peuvent agir de manière efficace» dans ce domaine, et presque autant (71%) que les petites et moyennes entreprises peuvent faire de même.

Source : Havas Worldwide

Qu’attendent-ils concrètement de ces entreprises ? Avant tout qu’elles «réduisent l’impact de leur activité sur le changement climatique» (68%) et, subsidiairement, qu’elles «innovent et permettent ainsi à leurs clients-consommateurs de s’adapter aux effets du changement climatique». Les entreprises devraient ainsi donner la priorité à la lutte contre le gaspillage des matières premières (63%), à la réduction de leur consommation d’énergie ou d’eau (44%) et à la conception de «produits et solutions innovants» ayant moins d’impact sur le climat (44%). Pour inciter les entreprises à adopter des pratiques vertueuses, les sondés misent principalement sur «les réglementations édictées par les pouvoirs publics» (40%), ainsi que la « pression » des clients ou consommateurs (32%). Mais ils ne sont que 3% à croire que «la pression de leurs salariés» puisse être d’une quelconque efficacité.[1]

 

[1] Etats-Unis : une opinion publique globalement favorable à la lutte contre la changement climatique – pour en savoir plus :

-        http://www.nytimes.com/interactive/2015/01/29/us/global-warming-poll.html?_r=0

-        http://www.lemonde.fr/climat/article/2015/02/02/deux-tiers-des-americains-favorables-a-une-politique-de-lutte-contre-le-rechauffement_4568441_1652612.html

-        http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/02/10/changement-climatique-des-solutions-existent-pour-9-francais-sur-10_4573750_3244.html

-        http://www.rtcc.org/2014/11/24/mapped-how-the-world-sees-climate-change/

Chine : vers un marché du carbone national en 2016

La Commission Nationale de Développement et de Réforme (CNDR) chinoise a publié récemment les premiers éléments juridiques d’un système national de quotas échangeables de CO2 (ETS) à compter de 2016. Cette communication précise les règles de base du système national :
- la couverture de six gaz à effet de serre (CO2, CH4, HFCs, PFCs, SF6 et NFC),
- la définition d’un plafond d’émission national et sa répartition entre les 33 provinces chinoises
- les principes régissant le suivi et la vérification des émissions (MRV).
Cette annonce induit deux questions fondamentales et intrinsèquement liées que sont la définition de la structure finale que va revêtir le système national et la transition nécessaire entre les ETS pilotes et l’ETS national. Le lancement de l’ETS national est la seconde étape de l’initiative chinoise qui a débuté par une phase d’expérimentation durant laquelle sept marchés pilotes ont été lancés entre 2013 et 2014 dans cinq villes (Chongqing, Pékin, Shanghai, Shenzhen et Tianjin) et deux provinces (Guangdong et Hubei).
Les nombreuses discussions au sein de la CNDR et des instances législatives chinoises démontrent la nature complexe du sujet et le choix multiple de solutions. L’objet premier de l’expérimentation chinoise est de tirer les leçons du fonctionnement des ETS pilotes afin de faciliter l’élaboration d’un système d’envergure national.
Les premiers mois ou la première année d’exécution des pilotes soulèvent certaines interrogations : un manque de transparence des réglementations est perçu dans l’ensemble des pilotes tant dans le calcul du plafond que dans les méthodologies d’allocation des quotas, en passant par les méthodologies permettant de calculer les émissions. En outre, les marchés pilotes souffrent tous d’une faible liquidité. Bien qu’il soit délicat de définir la forme finale que ce dernier revêtira, trois scénarios peuvent être envisagés.
- Le premier « descendant (top-down) » serait une application du marché national à l’ensemble des provinces chinoises avec une suppression des ETS pilotes. Les règles de couverture, les méthodologies d’allocation et les outils de mise en conformité seront les mêmes dans l’ensemble du pays.
- Le second scénario répond à une approche « ascendante (bottom-up) ». Les règles fixées par l’autorité nationale couvrent seulement les régions n’ayant pas de pilotes. Ces derniers conservent leur structure et fonctionnement propres.
- Enfin, une troisième option plus « flexible » serait la fixation de règles uniformes à l’échelle nationale pour les secteurs dits fondamentaux par exemple les secteurs énergétiques et industriels. Toutefois, les ETS pilotes pourraient conserver certaines de leurs spécificités telle qu’un périmètre plus large que celui proposé au niveau national et obtenir ainsi une certaine souplesse.
En complément de cette discussion, se pose la question de la transition entre les ETS pilotes et le système national. Certaines difficultés peuvent apparaître lors de cette évolution. Parmi ces interrogations, la CNRD envisage-t-elle un registre national ou d’uniformiser les registres des ETS pilotes ? Les quotas épargnés lors de la phase d’expérimentation pourront-ils être utilisés dans le cadre de l’ETS national ? Dans le cas d’une couverture plus restrictive que celles des pilotes, que faire des allocations des secteurs sortant de la couverture nationale ?
Quelle que soit l’architecture du futur ETS national, le choix de débuter par une période d’expérimentation est unique et offre une démarche qui peut être souhaitable pour tous nouveaux pays désireux de mettre en place un ETS. Une telle approche offre une souplesse notable dans l’élaboration d’un système aux modalités les plus appropriées pour la mise en place d’un système d’échange de quotas d’émissions à plus grande échelle.

Chine : vers un marché du carbone national en 2016 – adapté de :
- http://www.cdcclimat.com/Tendances-Carbone-no97-Systeme-de.html

2014 : année la plus chaude jamais enregistrée

Deux des trois principaux laboratoires engagés dans la mesure de la température moyenne terrestre — l’un à la National Aeronautics and Space Administration (NASA), l’autre à la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) — ont présenté, vendredi 16 janvier, leurs résultats : l’année passée a été la plus chaude jamais mesurée depuis 1880. Les données du Hadley Centre britannique, troisième institution de référence, n’ont toujours pas été prises en compte. L’Organisation Météorologique Mondiale (OMM), qui opère chaque année la synthèse des trois résultats, ne rendra donc son verdict définitif qu’à la fin du mois de janvier.
Selon les données de la NOAA, la température moyenne du globe a excédé en 2014 la moyenne du siècle passé de 0,68°C. Ce chiffre s’inscrit dans une tendance lourde au réchauffement provoquée par l’accumulation des gaz à effet de serre d’origine anthropique dans l’atmosphère. Ainsi, il faut remonter à février 1985 pour trouver un mois dont la température moyenne mondiale a été inférieure à la moyenne du 20ème siècle.
Comme toujours, les disparités régionales sont importantes. A l’image de la moyenne mondiale, la France et l’ensemble de l’Europe, par exemple, ont connu en 2014 leur année la plus chaude, comme l’a récemment annoncé Météo France. En revanche, 2014 ne pointe aux Etats-Unis qu’à la 18e place, avec, au sein même du territoire américain, de grandes différences. Par exemple, le Nevada, la Californie, l’Alaska, l’Arizona et la Californie ont connu leur année la plus chaude. Frappée par une interminable sécheresse aggravée par de hautes températures, la Californie a vu sa température moyenne annuelle supérieure de 2,3 °C à la moyenne du 20ème siècle. Le précédent record avait été établi à 1,3 °C…

La microfinance verte : une solution pour l’accès aux services essentiels

Ci-après, extraits d’un billet du blog Idées pour le développement animé par l’AFD, faisant un retour d’expérience sur la microfinance comme support de financement pour des initiatives à destination des populations à la base de la pyramide :
La microfinance verte est une idée simple, au potentiel immense : il s’agit d’utiliser le réseau et l’expertise des Institutions de Microfinance (IMFs) pour faciliter l’accès à des produits et services innovants répondant aux besoins essentiels des pauvres. Il existe en effet un nombre croissant d’innovation technologiques visant à répondre aux besoins essentiels sans déployer une infrastructure similaire à celle existant dans les pays développés. C’est particulièrement vrai dans le domaine de l’énergie avec les solutions solaires (lanternes, solar home systems), les foyers améliorés ou les unités domestiques de biogaz mais aussi dans l’assainissement avec les systèmes d’assainissement autonomes. Les freins à leur diffusion sont souvent liés à la capacité d’assurer leur déploiement commercial de manière durable et d’offrir aux pauvres en milieu rural des solutions de financement.
Les IMFs bénéficient de la confiance de leurs clients, connaissent mieux que quiconque leur comportement financier et savent comment les aider à financer un projet. Utiliser ces liens privilégiés entre les IMFs et leurs clients, développer leur savoir-faire et créer de nouveaux partenariats pour que ces IMFs apportent, en plus des services financiers, un accès à l’électricité, à l’eau, à l’assainissement ou à la santé est une idée au potentiel immense. La microfinance verte s’inscrit profondément en cohérence avec la stratégie de nombreuses IMFs à orientation sociale dont la mission est certes l’accès aux services financiers mais aussi et surtout de contribuer à l’amélioration des conditions de vie de leurs clients.
Par exemple, l’AFD vient de lancer l’année dernière son premier projet de Microfinance Verte dans le secteur de l’énergie. Ce dernier est réalisé au Cambodge en partenariat avec 4 IMFs (KREDIT, TPC, Vision Fund et Chamroeun) et avec SNV en tant qu’opérateur technique. Les IMFs s’engagent ainsi à créer un produit de crédit spécifique à maturité et taux adaptés et à travailler avec des « solaristes » certifiés dans le cadre du projet. Les solaristes bénéficient grâce au programme d’une certification qualité, fondée notamment sur une évaluation technique des Solar Home Systems (SHS) qu’ils proposent et sur une évaluation qualité de leur service client, en particulier sur le service après-vente. Le rôle de l’opérateur technique SNV est d’apporter une assistance technique aux solaristes, de superviser le programme de certification qualité et d’aider les IMFs et les solaristes à travailler ensemble.
Le potentiel de la microfinance verte pour améliorer les conditions de vie des populations semble immense. Aujourd’hui, plusieurs initiatives similaires ont été déployées avec succès dans un certain nombre de pays, sur des technologies spécifiques. On peut citer le programme mené par IDCOL au Bangladesh ou l’initiative CleanStart d’UNCDF. Mais force est de constater que ces initiatives restent rares. En effet, les initiatives de Microfinance verte supposent que le pays bénéficie soit d’un secteur de la microfinance déjà bien développé ou d’un réseau de fournisseurs mature, sur lequel le programme puisse se construire. Ces conditions ne sont pas réunies dans un grand nombre de pays.
Ensuite, il n’existe en effet pas de modèle « One size fits all » pouvant être facilement reproduit d’un pays ou d’un secteur à un autre. Par exemple, la réussite du Bangladesh n’est pas réplicable à l’identique au Cambodge : dans ce pays, les IMFs sont des institutions financières réglementées et supervisées par la Banque Centrale, alors qu’au Bangladesh, beaucoup d’IMFs ont un statut d’ONG, ce qui leur donne plus de flexibilité pour lancer des initiatives de Microfinance Verte.
Le développement de la microfinance verte demande un long travail de conception et d’études en amont : tout d’abord pour bien connaitre les habitudes de consommation et les dépenses énergétiques des foyers ciblés et ainsi une offre diversifiée de produits qui répondent à leurs attentes. Quelles sont leurs aspirations en matière de confort domestique pour l’avenir ? Seraient-ils prêts à investir pour améliorer leur accès à l’électricité ? Les recherches menées pour le programme de l’AFD ont montré que les ménages ruraux aspirent non pas à se munir d’un SHS couvrant leur consommation actuelle mais qu’ils souhaitent couvrir la consommation qu’ils désirent atteindre.
Cette phase d’étude doit aussi permettre d’affiner le ciblage géographique du programme. Pour un programme dans le secteur de l’énergie, il est, par exemple, essentiel de connaitre les plans d’extension du réseau électrique pour les dix prochaines années. En effet, les clients des IMFs ne veulent pas investir dans un Solar Home System si leur village est desservi par le réseau national peu de temps après.
La mise en œuvre repose sur un partenariat efficace entre les IMFs et les solaristes dans le respect de l’avantage comparatif de chaque acteur et sur une bonne allocation des risques. Une des difficultés principales est de ne pas associer les IMFs au déploiement du programme au-delà de leur champ de compétences. Elles doivent avant tout assurer leur rôle sur la partie crédits et ne devraient pas s’impliquer davantage sur la distribution d’équipements dans les secteurs énergétique et de l’assainissement.
Le projet doit donc s’appuyer sur les entreprises locales. C’est la seule manière d’offrir un service fiable, réactif et disponible à long terme pour les ménages en zone rurale. Cela impose, en parallèle du travail avec les IMFs, de soutenir un tissu de petites entreprises souvent fragiles pour qu’elles augmentent leur capacité de production, qu’elles améliorent leur système de gestion et qu’elles se munissent d’un service client plus performant. Cela constitue un projet à part entière, d’appui à une filière de PME privées.
Enfin, il est nécessaire de penser à la soutenabilité du projet à long terme dans le cadre d’un marché privé : si une aide est nécessaire pour soutenir le démarrage du programme et la structuration de la filière solaire, celle-ci doit être conçue dès le départ comme transitoire et en limitant les distorsions sur les prix des équipements ou le taux des microcrédits. Arriver à retirer les subventions est souvent une difficulté dans les programmes existants. Dans le cadre du projet au Cambodge, le choix a été fait de subventionner avant tout la démarche qualité et le service client des solaristes plutôt que le prix à l’achat des SHS.
Pour un bailleur de fonds comme l’AFD, la microfinance verte amène à réfléchir aux stratégies en matière d’accès aux services essentiels à double titre : la place de ces initiatives du secteur privé par rapport au déploiement des réseaux publics et l’approche traditionnelle centralisée dans un monde d’innovations rendant toujours plus viable les solutions décentralisées.
Les réseaux centralisés ou les « mini-réseaux » occupent encore une place essentielle dans les stratégies d’accès aux services essentiels. Mais ils nécessitent de lourds investissements initiaux et sont longs à déployer. La microfinance verte n’a pas ces défauts et semble voué à un grand succès dans les années à venir. Au point de changer la donne?