Le dossier du mois de Mars 2015

Les 10 ans du protocole de Kyoto : une révolution inachevée

Le protocole de Kyoto a fêté le 16 février ses dix ans d’activité. Signé en 1997, sous l’égide de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC), il s’agit du premier accord international juridiquement contraignant visant à réguler les émissions de gaz à effet de serre.

En effet, en décembre 1997, lors de la 3ème Conférence des parties de la CCNUCC, à Kyoto (Japon), l’ensemble des pays membres s’accordent pour imposer une limitation des 6 principaux gaz à effet de serre (CO2, CH4, N2O, HFCs, PFCs et SF6) au sein des pays industrialisés (dits pays membres de l’Annexe I). Les pays en développement (pays hors Annexe I) sont épargnés de contraintes sur leurs émissions selon le principe de « responsabilité commune mais différenciée », qui attribue la responsabilité du réchauffement climatique en cours pour une large part aux pays développés.

Le protocole de Kyoto, tel que signé en 1997, vise comme objectif une réduction moyenne de -5,4% des émissions de GES sur la période 2008-2012 comparés aux niveaux observés en 1990.

L’article 17 du protocole de Kyoto instaure de plus la possibilité d’échanger les permis d’émissions alloués entre pays engagés : les pays réduisant leurs émissions au-delà des efforts demandés pourront bénéficier du revenu des quotas (AAU : Assigned Amount Units) ainsi épargnés.

En parallèle du marché de permis, sont instaurés deux mécanismes de flexibilité :

-       Le Mécanisme de Développement Propre (MDP) permettant à un pays membre de l’Annexe I de générer des crédits carbone (CER : Certified Emissions Reduction) en finançant un projet de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans un pays hors-Annexe I ;

-       La Mise en Œuvre Conjointe (MOC) permettant à un pays membre de l’Annexe I de générer des crédits carbone (ERU : Emissions Reduction Units) de financer un projet de réduction d’émission dans un autre pays membre de l’Annexe I.

Ces deux mécanismes visent à permettre aux pays contraints dans leurs émissions de réduction de gaz à effet de serre d’aller dans un premier temps chercher les réductions d’émissions là où elles sont le moins coûteuse. Le MDP permet en outre d’étendre le signal-prix du carbone dans des pays en développement, non contraint dans leurs émissions.

Il faudra attendre 2005 pour que le protocole entre en vigueur car le texte prévoit que ces mécanismes prennent effet « le 90ème jour qui suit la date du dépôt de leurs instruments de ratification, d’acceptation, d’approbation ou d’adhésion par 55 Parties à la Convention au minimum, parmi lesquelles les Parties visées à l’Annexe I dont les émissions totales de dioxyde de carbone représentaient en 1990 au moins 55 % du volume total des émissions de dioxyde de carbone de l’ensemble des Parties visées à cette annexe. » Or, les États-Unis, qui ont signé le protocole, annoncent officiellement en 2001 qu’il ne ratifieront jamais un texte imposant une contrainte d’émissions sur les pays industrialisés sans qu’aucune contrainte ne soit imposée aux grands émetteurs que sont désormais la Chine ou l’Inde. En 2004, 120 pays ont ratifié le protocole mais ceux-ci ne représentent que 44% des émissions de 1990. La Russie et ses 17% d’émissions fera finalement entrer en vigueur le protocole au prix de nombreuses concessions (notamment son entrée à l’Organisation Mondiale du Commerce).

En 2005, et sans les Etats-Unis, ce ne sont plus que 25% des émissions mondiales qui sont désormais contrôlées par le protocole de Kyoto. En outre, la contrainte n’est pas suffisament forte pour de nombreux pays qui soit se sont engagés unilatéralement dans des objectifs plus contraignants (l’Union Européenne par exemple) ou souhaite s’extraire du protocole lorsque ne respectant pas leurs objectifs. En effet, d’après l’article 27, toute Partie au protocole de Kyoto peut « à tout moment, le dénoncer par notification écrite adressée au Dépositaire ». Ce sera le cas du Canada qui abandonnera son objectif afin de poursuivre le développement de ses activités pétrolières. En outre, la Russie et le Japon annonceront ne pas vouloir s’engager dans une seconde période d’engagement après 2012.

La conférence climat de Doha en 2012 permettra aux pays volontaires de s’engager pour la période 2012-2020. Ces pays sont essentiellement l’UE et l’Australie, représentant 37 pays et 14% des émissions de gaz à effet de serre. L’Amendement de Doha doit encore être ratifié dans de nombreux pays pour entrer en vigueur…

D’un point de vue environnemental, même si ce n’est pas le principal responsable, le protocole de Kyoto a contribué à la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans les pays soumis à une contrainte : en effet, les pays membres de l’Annexe I ont réduit leurs émissions de plus de 22% en 2012 par rapport à 1990, bien au-delà de l’objectif moyen de -5,4%.

Finalement, le grand succès du protocole de Kyoto réside dans les mécanismes de flexibilité prévus, et notamment dans le Mécanisme de Développement Propre. En effet, le mécanisme a permis à ce jour de financer près de 8000 projets de réduction d’émissions dans les pays en développement et d’y réduire plus de 8 milliards de tonnes les émissions de gaz à effet de serre (plus des ¾ en Asie).[1] En outre, les crédits CERs issus des projets MDP, utilisables dans une certaine mesure pour la mise en conformité des installations soumises à un prix du carbone dans les différents Système d’Échange de Quotas (ETS) existants (UE, Australie, Californie…) constituent un outil de liaison prêt à l’emploi pour relier différents marché régionaux du carbone dans l’éventualité d’un accord ambitieux lors de la Conférence climat de Paris fin 2015.

Localisation géographique des projets MDP

Car la COP21, la conférence climat qui se tiendra à Paris en 2015 constitue l’aboutissement d’un processus enclenché à Durban en 2011 visant à définir un cadre juridique contraignant pour les émissions de gaz à effet de serre pour la période post-2020. Il s’agit de parvenir à un accord le plus large possible et le plus ambitieux possible afin de diviser le niveau d’émissions de gaz à effet de serre de moitié d’ici 2050, niveau d’effort minimum estimé par la communauté scientifique pour parvenir à limiter l’élévation moyenne des températures à la surface de la planète à +2°C d’ici la fin du siècle par rapport aux niveaux préindustriels.[2]

 

Directeur de la publication :Bernard SAINCY

Rédaction : Bernard SAINCY, Sidney LAMBERT-LALITTE

 

 

 

[1] Ce chiffre inclue les projets « dans le pipe » jusqu’en 2020 dont les crédits CERs n’ont pas encore été délivrés.

[2] Les 10 ans du protocole de Kyoto : une révolution inachevée – pour en savoir plus :

-        http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=50099#.VORa5ro6Dqd

-        https://unfccc.int/2860.php

-        https://cdm.unfccc.int/

-        http://www.theclimategroup.org/what-we-do/news-and-blogs/infographic-understanding-the-unfccc-egotiations/

Stimuler l’économie bas-carbone grâce au compte-épargne CO2

Le Compte Epargne CO2, créé en 2013 par une start-up brestoise, permet de donner une valeur marchande aux kilos de CO2 économisés. La société, baptisée « 450 » en référence à la limite de concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère pour maintenir le réchauffement de la température moyenne à la surface de la planète à +2°C compte déjà 3400 ménages et une vingtaine d’entreprises, qui deux ans après son lancement, adhèrent à ce produit d’épargne original et écologique.

Et profitent de cette monnaie d’échange pourvoyeuse de bonnes pratiques. Quand un ménage ou une entreprise fait des économies d’énergie sur son chauffage ou le transport par exemple, ils peuvent les épargner sous forme de kilos de CO2 évités, sous réserve de justificatifs. Il est ensuite possible de revendre ces kilos de CO2 ou de les échanger contre des bons d’achat auprès de commerces partenaires (la SNCF, des vendeurs de vélos électriques, de chaudières à bois, etc.). Un changement de chaudière, des travaux d’isolation ou l’abandon de la voiture diesel pour une voiture électrique, ce sont autant de kilos de CO2 gagnés.

À ce jour, une vingtaine d’entreprises se sont lancées. Pour réduire ses émissions de CO2, la société Agrial a par exemple décidé de se pencher sur le transport du lait. Un poste important pour la coopérative agricole. Eco-conduite, rationalisation des tournées de collecte de lait, taille des camions revue à la hausse… L’entreprise effectue moins d’aller-retour avec ses camions, économisant du carburant et épargnant des kilos de CO2.

Une fois les émissions évitées, les entreprises profitent de trois possibilités pour les valoriser. Elles peuvent payer directement leurs fournisseurs en CO2. Deuxième solution, transformer, via l’entreprise « 450″, les kilos de CO2 en euros. Enfin, elles peuvent les redistribuer aux salariés, en récompensant ceux qui font du covoiturage, circulent à vélo ou prennent les transports en commun.

Le prix du CO2 fixé par 450 est bien plus important que celui établi par le marché carbone européen. En effet, c’est celui fixé par les experts économiques du GIEC: soit 52,64 euros la tonne en 2014, avec une augmentation de 4% chaque année en juin, pour arriver à 100 € la tonne en 2030.

Aujourd’hui, la société 450 comptabilise un total de 120 000 tonnes de CO2 économisées par ses partenaires. Mais elle souhaite attirer encore plus d’entreprises pour élargir les offres et les interactions. Pour son patron, Jean-Louis Baradat, « l’essentiel est que cette nouvelle monnaie circule au sein d’un ‘cercle économique bas carbone’, créant ainsi du pouvoir d’achat et stimulant l’activité économique ».[1]

 

[1] Stimuler l’économie bas-carbone grâce au compte-épargne CO2 : – pour en savoir plus :

-        https://www.compteepargneco2.com/

-        http://www.novethic.fr/lapres-petrole/innovation-energetique/isr-rse/un-compte-epargne-co2-pour-lutter-contre-le-rechauffement-climatique-143081.html

Liste des INDC publiées (au 10 mars 2015)

Afin de parvenir à un accord global impliquant l’ensemble des pays développés comme en développement, les pays membres de la Convention climat se sont engagés à publier les Contributions Nationalement Déterminées (Intended Nationally Determined Contributions – INDC) au moins 6 mois avant la Conférence. Nous publierons chaque mois les principales propositions faites par les pays. Début Mars, la Suisse a été la première nation à dévoiler ses cartes. La Lettonie, qui détient actuellement la Présidence tournante du Conseil de l’Union Européenne, a soumis la contribution pour l’UE, sans surprise suite aux accord intra-européens sur le Climate & Energy Framework for 2030 conclu en octobre 2014.

Pays Part des émissions mondiales Objectif 2030 Objectif 2050 Commentaires et documents de référence [1]
Suisse 0,1% -50% GES (base 1990) -70 -85% (base 1990) Objectif 2030 : 60% des réductions réalisés localement ; les 40% restant par des projets Kyoto.
Union Européenne 10% -40% GES (base 1990) -80 à -95% Niveau de réduction réalisé au niveau européen (engagements différenciés à l’intérieur de l’UE).

 

[1] Source :

http://www4.unfccc.int/submissions/INDC/Published%20Documents/Switzerland/1/15%2002%2027_INDC%20Contribution%20of%20Switzerland.pdf

http://www4.unfccc.int/submissions/INDC/Published%20Documents/Latvia/1/LV-03-06-EU%20INDC.pdf

Bloomberg : la baisse des prix du pétrole n’affectera pas les investissements dans les énergies renouvelables

Les investissements dans les énergies renouvelables (EnR) ont augmenté de 16% à travers le monde en 2014, selon les données publiées le 9 janvier par Bloomberg New Energy Finance (BNEF). Elles ont atteint 310 milliards de dollars l’an dernier, enregistrant leur première hausse depuis 2011. Leur augmentation a été de 32% en Chine et de 8% aux Etats-Unis. En Europe, elle n’a été que de 1%. Mais en France, la progression s’est élevée à 26%. Un chiffre qui s’explique en particulier par le projet de centrale photovoltaïque de Cestas, en Gironde (avec 300 MW, ce devrait être la plus puissante d’Europe).

La baisse de 55% environ des cours du pétrole brut depuis la mi-2014 ne semble donc pas avoir affecté les projets en matière d’EnR à travers le monde. Normal pour cette année, les décisions d’investissement résultent de longues préparations. La diminution des prix pétroliers n’a pas d’impact à court terme sur ces investissements.

Reste donc à savoir si la chute des cours aura un effet notable dans les prochains mois. Or, les analystes s’attendent à une nouvelle forte hausse des décisions d’investissement dans les EnR en 2015, en croissance de 15% dans le solaire et de 15% également dans l’éolien. Ils devraient être avant tout tirés par la Chine et les Etats-Unis.

À l’inverse, entre 2012 et 2013, alors que les cours du brut étaient encore élevés, les investissements dans les EnR avaient diminué de manière notable en Europe. Cette décorrélation entre prix pétroliers et investissements dans les énergies renouvelables s’explique tout d’abord par le fait que dans de nombreux pays, les EnR électriques sont assez significativement subventionnées par les Etats, préservant ainsi leur rentabilité et les protégeant des aléas de marché.

Ensuite, le pétrole ne concurrence directement les EnR que pour une très faible part de la production d’électricité. Il ne sert à produire que 5% de l’électricité mondiale. Le gaz, en revanche, est un vrai concurrent des EnR. Ses prix restent certes en partie corrélés à ceux du pétrole, mais moins que par le passé. Ces dernières années, les importateurs ont souhaité qu’ils dépendent davantage des prix des marchés spot du gaz, au détriment de l’indexation sur les cours du brut. Ainsi, les prix du gaz n’ont pas diminué dans les mêmes proportions que ceux du pétrole.

Enfin, avec la baisse progressive du coût des EnR électriques permet chaque année à ces technologies de s’approcher un peu plus de la parité réseau et d’approcher la compétitivité prix avec les énergies fossiles.

La situation est en revanche bien différente pour les énergies propres dans le secteur des transports. Les ventes de véhicules électriques seront probablement les premières à sentir l’impact d’un pétrole moins cher, qui a réduit le coût de l’essence et rendu les voitures conventionnelles plus économiques, analyse BNEF. Pour ce qui est des agrocarburants, ils sont l’une des rares EnR à avoir enregistré une baisse des investissements l’an dernier (-7%, à 5,1 milliards de dollars).

Au final, ce sont davantage le pétrole et le gaz non conventionnels nord-américains (gaz de schiste, de houille, etc.) que les investissements mondiaux dans les EnR qui risquent d’être fortement affectés par la chute des cours du brut.[1]

 

[1] Bloomberg : la baisse des prix du pétrole n’affectera pas les investissements dans les énergies renouvelables – pour en savoir plus :

-        http://about.bnef.com/press-releases/oil-price-plunge-clean-energy-real-impact/

-        http://www.bloomberg.com/news/articles/2014-12-22/electric-cars-hurt-most-in-renewables-industry-from-oils-slump

-        http://www.novethic.fr/lapres-petrole/energies-renouvelables/isr-rse/enr-pourquoi-les-prix-bas-du-brut-ne-reduisent-pas-les-investissements-143009.html

Inde : pour limiter les émissions sans affecter la croissance, une politique de développement des énergies renouvelables

L’Inde, troisième principal pays émetteur de CO2 au monde en 2014, aura une équation difficile à résoudre dans les années à venir. Pour ce pays de 1,2 milliard d’habitants, il s’agit de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique, dont le pays est l’une des premières victimes, sans compromettre son développement.

Lors de la CoP21, l’Inde aura un rôle clé à jouer. Le pays, dont le quart de la population n’a toujours pas accès à l’électricité, où les villes vont devoir accueillir entre 250 et 400 millions d’habitants supplémentaires d’ici à 2050, et dont l’industrie est en pleine croissance reste l’un des principaux émetteurs actuels et devra contribuer à l’accord mondial de décembre 2015.

Lors du sommet Delhi Sustainable Development Summit (DSDS) qui s’est tenu à New Delhi du 4 au 7 février, le gouvernement indien a réitéré sa position : celle d’un accord qui devra respecter le principe de « responsabilité commune mais différenciée ».

Dans le même temps, pour afficher ses efforts dans la lutte contre le réchauffement climatique, le ministre indien de l’environnement, Prakash Javadekar, préfère multiplier les annonces sur les technologies propres et plaide, au passage, pour que les pays du Nord lui en facilitent l’accès. Le gouvernement a ainsi dévoilé, lors du sommet DSDS, son objectif de produire 100000 MW d’énergie solaire d’ici à 2020. Objectif ambitieux : ces 8 dernières années, des capacités de production de 30 000 MW ont été installées dans le pays.

Le financement de ce plan reste à définir : les organismes publics chargés de gérer la production de l’électricité dans chaque Etat régional sont au bord de la faillite. Leurs dettes représentent à elles seules 0,7 % du PNB indien. Le gouvernement doit réformer le secteur de l’électricité et donner des garanties aux entreprises s’il veut les voir investir 170 milliards de dollars (150 milliards d’euros) estimés nécessaires pour atteindre l’objectif.

Malgré ses ambitions dans le secteur du solaire, et quoi qu’en dise le gouvernement indien, le charbon restera la principale source d’énergie dans les années à venir, répondant à près de 80 % de ses besoins d’ici à 2030. Et au cours des derniers mois, les lois de protection de l’environnement ont été assouplies pour favoriser l’exploitation de mines de charbon.

L’Inde ne perd pas une occasion de rappeler ses statistiques de pauvreté pour justifier son besoin de développement et donc d’augmentation de ses émissions de gaz à effet de serre. Or cet argument est de plus en plus contesté : l’Inde n’est plus considéré comme un pays pauvre mais un pays riche avec beaucoup de pauvres : la 11ème économie mondiale, qui compte près de 300 millions d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté.

La pression sur l’Inde pour qu’elle s’engage sur un objectif d’émissions de gaz à effet de serre s’est renforcée, en novembre dernier, lorsque Pékin a annoncé un plafonnement de ses émissions en 2030, dans un accord signé avec les Etats-Unis. L’Inde a perdu un précieux allié.[1]

 

 

 

[1] Inde : pour limiter les émissions sans affecter la croissance, une politique de développement des énergies renouvelables – pour en savoir plus :

-        http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/02/09/a-geneve-semaine-cle-pour-les-negociations-climat_4572653_3244.html

-        http://timesofindia.indiatimes.com/city/nagpur/Govt-to-build-11500MW-renewable-energy-plants/articleshow/46179737.cms

Négociations climat : à Genève, un pas en avant, mais beaucoup de travail jusqu’à Paris

Au terme d’une semaine de tractations, les 195 parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) se sont mis d’accord sur un texte de 86 pages qui servira de base aux négociations climatiques destinées à contenir le réchauffement planétaire à 2 °C, lors de la Conférence climat de Paris qui se tiendra en décembre prochain.

La réunion de Genève est une réussite : elle s’est même terminée avec 2 heures d’avances sur le planning initial. Le texte adopté a permis de rétablir la confiance entre pays développés et pays en développement, mise à mal depuis la dernière conférence climat de Lima fin 2014. Les échanges entre pays du Nord et du Sud ont été nombreux et constitue l’un des points positifs de la semaine. Ce texte est aussi un premier pas vers la signature d’un accord juridique à Paris à la fin de l’année.

Mais le chemin à parcourir est encore long, et le cœur des négociations est devant nous. Car le brouillon d’une quarantaine de pages ébauché au Pérou en compte plus du double à l’issue de la semaine de négociations genevoises. Les coordinateurs des négociations cherchent surtout à éviter de répéter le processus de négociations de Copenhague en 2009, qui avait été mal préparé et n’avait pu aboutir à un accord faute de temps. En l’état, le texte[1] compile des positions parfois divergentes, voire contradictoires, en matière de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, d’adaptation au changement climatique, d’engagements financiers, de sécurité alimentaire ou encore des droits humains…

Cette logique d’ajouts correspond au processus normal des négociations, pour que les pays se rassurent sur le fait que leurs voix seront entendues. Après cette phase de gonflage, la phase de « dégonflage » s’annonce plus ardue. Mais l’objectif de Genève est atteint : le texte existe et respecte les règles procédurales de l’ONU stipulant qu’il faut soumettre aux Etats membres le projet d’accord juridique six mois avant son adoption, autrement dit, au plus tard en mai.Le document va désormais transiter dans les bureaux de l’ONU, notamment pour traduction dans ses six langues officielles (anglais, arabe, chinois, espagnol, français, russe), avant de rejoindre Bonn, qui accueillera la prochaine session de travail début juin. Pour augmenter encore les chances d’aboutir à Paris à un accord compatible avec l’objectif de limiter à 2 °C le réchauffement planétaire d’ici à la fin du siècle, les coprésidents des débats ont convaincu le secrétariat de la CCNUCC d’intercaler dans le calendrier une phase de négociations supplémentaire. Les négociateurs se rendront donc de nouveau à Bonn début septembre, puis à nouveau fin octobre.

Les points de désaccords, notamment la notion de responsabilité différenciée (quels pays seront concernés par une contrainte des émissions), l’étendue et l’horizon des objectifs, les transferts financiers d’aide à la maîtrise du changement climatique n’ont pas été traités lors de cette réunion. Mais le processus n’a pas pris de retard… et en soi cela constitue un succès.[2]

 

[1] Le texte adopté à Genève : http://unfccc.int/files/bodies/awg/application/pdf/negotiating_text_12022015@2200.pdf

[2] Négociations climat : à Genève, un pas en avant, mais beaucoup de travail jusqu’à Paris – pour en savoir plus :

-        http://newsroom.unfccc.int/fr/bienvenue/les-gouvernements-s-accordent-sur-le-texte-de-negociation-pour-laccord-climatique-de-paris/

-        http://www.lemonde.fr/climat/article/2015/02/14/climat-accord-sur-un-texte-de-negociations_4576613_1652612.html

-        http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/02/13/les-etats-franchissent-la-premiere-etape-du-marathon-sur-le-climat_4576334_3244.html

-        http://www.rtcc.org/2015/02/13/un-climate-chief-hails-new-sense-of-trust-but-hard-work-remains/

L’Appel de Manille pour une COP21 ambitieuse et ouverte à la société civile

En mission aux Philippines pour plaider pour un accord universel sur le climat à Paris à la fin de 2015, François Hollande et son homologue philippin, Benigno Aquino, ont appelé, jeudi 26 février, à un accord « ambitieux, équitable et universel ».

L’« Appel de Manille », élaboré par les deux pays, est censée donner un élan à la préparation de la conférence de Paris sur le climat en décembre 2015. Cet appel représente le moment clé d’une visite de quarante-huit heures aux Philippines pour François Hollande, qui avait souhaité, en coopération avec Nicolas Hulot, centrer ce déplacement sur le climat.

La délégation française voit dans ce déplacement l’occasion de contracter des partenariats économiques autour d’une reconstruction respectueuse du développement durable. Plusieurs accords commerciaux ont été signés par les entreprises françaises présentes dans le domaine des énergies renouvelables, des transports ou des infrastructures.

Pour la France, une partie de l’accord lors de la COP21 se joue dans cette implication des grands groupes et des établissements bancaires, qui sont appelés à investir dans le Fonds vert pour le climat pour atteindre les 100 milliards de dollars par an attendus à partir de 2020.

Si l’Appel de Manille n’évoque pas la nécessité d’aboutir à un accord juridiquement contraignant, ne mentionne pas la limite des 2°C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle à ne pas dépasser, François Hollande a rappelé néanmoins à plusieurs reprises que les Etats n’avaient pas tous la même responsabilité dans ces dérèglements, et que les pays développés se devaient de faire un effort. « L’appel de Manille, c’est pour que le monde soit plus juste, entre les pays développés et les pays fragiles, entre les pays riches et les pays pauvres », a-t-il expliqué. « L’alliance entre la France et les Philippines peut entraîner le reste du monde », veut croire François Hollande, qui espère que l’engagement d’un pays à la fois émergent et victime du réchauffement climatique poussera d’autres états à faire de même.[1]

 

[1] L’Appel de Manille pour une COP21 ambitieuse et ouverte à la société civile – pour en savoir plus :

-        http://www.elysee.fr/declarations/article/appel-de-manille-a-l-action-pour-le-climat/

-        http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/02/26/a-manille-hollande-lance-un-appel-solennel-contre-le-rechauffement-climatique_4583837_3244.html

La Chine déclare la guerre à la pollution locale

Le Ministère de la protection environnementale chinois a annoncé lundi 2 février, que 90% des grandes villes du pays ne sont pas parvenues à respecter les normes de qualité de l’air en 2014, une proportion inquiétante qui est toutefois en amélioration par rapport à 2013. C’est en effet seulement 8 des 74 localités suivies par le ministère qui ont réussi à se mettre en conformité avec les règles nationales concernant une série de mesures de la pollution, telles que PM2,5, qui mesure les particules dans l’air, le monoxyde de carbone et l’ozone.

En 2013, seules trois villes, Haikou, dans la province du Hainan, Lhassa, capitale du Tibet et les îles constituant Zhoushan, respectaient ces dernières. Elles ont été rejointes l’an dernier par Shenzhen, Huizhou et Zhuhai dans la province du Guangdong, Fuzhou, dans le Fujian voisin, et Kunming dans le sud-ouest. Sur les dix communes les moins bien « classées », sept sont situées dans la province du Hebei, spécialisée dans l’industrie lourde, qui entoure Pékin.

Si des améliorations sont notées, les efforts menés restent loin du compte : la mesure moyenne du PM2,5 dans la région Pékin-Hebei-Tianjin était de 93 microgrammes par mètre cube l’an dernier. La norme admise par l’Etat est de 35 microgrammes. La moyenne nationale ne devrait pas descendre à ce niveau avant 2030, estime le gouvernement chinois.

Encore davantage que le changement climatique (dont l’enjeu est mondial), la Chine semble prendre la question de la pollution locale avec un grand sérieux : fin décembre 2014, un tribunal provincial a condamné un groupe d’entreprises à une amende de 22,5 millions d’euros pour avoir pollué 2 rivières. Un niveau de sanction record dans le pays.

En effet, le tribunal de la province du Jiangsu a annoncé la condamnation de six entreprises locales de produits chimiques à payer 160 millions de yuans (22,5 millions d’euros). Ces entreprises étaient poursuivies pour avoir déversé des déchets acides dans deux cours d’eau entre janvier 2012 et février 2013. La qualité de l’eau est un autre problème majeur pour la Chine : en 2013, dans 60% des zones testées par le ministère des Terres et de l’Utilisation des ressources, la qualité des eaux souterraines était « mauvaise » ou « très mauvaise ».

Les autorités chinoises ont décidé de s’emparer du problème, qui suscite un mécontentement populaire croissant. Début 2014, le Premier ministre, Li Keqiang, proclamait que la Chine devait « déclarer la guerre à la pollution », en ouverture de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP). Forte de ce soutien, fin novembre, l’organisation All-China Environment Federation (ACEF) attaquait en justice le géant pétrolier PetroChina, un groupe public, pour avoir rejeté des eaux non traitées autour d’une de ses raffineries de la province du Jilin, dans le nord-est, réclamant 60,75 millions de yuans (8,5 millions d’euros) de dommages et intérêts.

Pour preuve de la détermination des autorités à imposer ce contrôle, ce sont deux organisations publiques ou semi-publiques qui sont à l’origine des poursuites en justice contre les pollueurs. L’organisation All-China Environment Federation, créée par l’Etat, est ainsi promue par les autorités, tandis que les ONG indépendantes subissent des pressions et sont parfois empêchées de travailler.

Les entreprises condamnées à 22,5 millions d’euros d’amende étaient quant à elles poursuivies par l’association de protection de l’environnement de Taizhou, un groupe d’intérêt public créé en février dernier et dont le président n’est autre que le chef du bureau de l’environnement de la ville.[1]

 

[1] La Chine déclare la guerre à la pollution locale – pour en savoir plus :

-        http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/02/02/en-chine-90-des-grandes-villes-ne-respectent-pas-les-normes-de-pollution_4567718_3244.html

-        http://www.novethic.fr/empreinte-terre/pollution/isr-rse/en-chine-la-justice-fait-payer-les-pollueurs-143031.html

Etats-Unis / France : une opinion publique globalement favorable à la lutte contre le changement climatique

Un sondage national rendu public jeudi 30 janvier et conduit par l’université Stanford (Californie), le think tank Resources for the Future et le New York Times, montre qu’une forte majorité d’Américains est favorable à des politiques de lutte contre le réchauffement.

Selon l’étude, 67 % des personnes interrogées sont favorables à la mise en place de telles politiques et déclarent qu’elles voteront plus probablement en 2016 pour un candidat à l’élection présidentielle qui fera de la lutte contre le réchauffement l’une de ses priorités.

Une surprise de l’enquête est l’adhésion assez large du camp républicain, dont près de la moitié (48 %) des sympathisants est également favorable à l’action climatique. Ce chiffre chiffre est en fort contraste avec l’opinion généralement affichée par les élus du grand parti conservateur américain : selon un récent comptage mené par l’association Climate Progress, les trois-quarts des parlementaires républicains sont climato-sceptiques. Une estimation récemment confirmée par le rejet d’un projet de résolution déposé le 20 janvier au Sénat par le camp démocrate, qui consistait simplement à affirmer la responsabilité des activités humaines dans le réchauffement.

Le changement climatique est aux Etats-Unis un sujet d’opposition radicale entre droite et gauche. Les évènements météorologiques majeurs qui s’abattent depuis quelques années sur le pays semblent avoir impacté l’opinion américaine. C’est en tout cas ce que suggèrent les résultats de l’enquête. A la question : « Si rien n’est fait pour réduire le réchauffement à venir, quelle sera l’ampleur du problème pour les Etats-Unis ? » 78 % des personnes interrogées répondent que le problème sera « très sérieux » (44 %) ou « plutôt sérieux » (34 %). Une majorité se dégage également au sein des rangs conservateurs : 54 % des républicains et même 59 % des sympathisants du Tea Party font ainsi de la question climatique un enjeu important pour l’avenir des Etats-Unis.

L’ampleur du problème au niveau mondial est plus consensuel encore, puisque 83 % des répondants (et 61 % des républicains) l’estiment « sérieux » à « très sérieux » pour l’avenir.

Ce constat est cependant tempéré par la conviction, majoritairement affichée par les personnes interrogées, toutes tendances confondues, que le changement climatique n’a eu et n’aura que peu, ou pas, d’influence sur leur propre vie. Près de 60 % des personnes interrogées conviennent cependant que cette influence sera « importante » à « très importante » pour les futures générations.

En outre, 78 % des personnes interrogées (60% des républicains) seraient d’accord avec une limitation, imposée par le gouvernement fédéral, des quantités de gaz à effet de serre émises par les entreprises américaines. De même, 80% des répondants soutiendraient une politique de déductions fiscales pour les producteurs d’énergies renouvelables. En revanche, des taxes sur l’électricité supportées par les particuliers, de même qu’une sur-taxation des hydrocarbures, sont assez massivement rejetées.

L’étude montre enfin que le climato-scepticisme est en net recul aux Etats-Unis, la part de climato-sceptiques (qui représente désormais 19% de la population) ayant reculé de 10 points depuis le précédent sondage en 2011. En France, le climato-scepticisme s’élève à 20% en France, d’après un sondage Ipsos-Havas réalisé début janvier 2015. En revanche, 43% des français n’ont à ce jour pas entendu parler de la CoP21. Seuls 22% disent connaître précisément le but de cet évènement, tandis que 35% en ont seulement entendu parler.

Ce dernier sondage s’est aussi attaché à la perception du rôle des entreprises face à l’enjeu climatique. Avec des résultats contrastés. Pour 65 % des personnes interrogées, les entreprises françaises « ne sont pas mobilisées dans la lutte contre le changement climatique ». Pour autant, 77 % sont d’avis que les grandes entreprises «peuvent agir de manière efficace» dans ce domaine, et presque autant (71%) que les petites et moyennes entreprises peuvent faire de même.

Source : Havas Worldwide

Qu’attendent-ils concrètement de ces entreprises ? Avant tout qu’elles «réduisent l’impact de leur activité sur le changement climatique» (68%) et, subsidiairement, qu’elles «innovent et permettent ainsi à leurs clients-consommateurs de s’adapter aux effets du changement climatique». Les entreprises devraient ainsi donner la priorité à la lutte contre le gaspillage des matières premières (63%), à la réduction de leur consommation d’énergie ou d’eau (44%) et à la conception de «produits et solutions innovants» ayant moins d’impact sur le climat (44%). Pour inciter les entreprises à adopter des pratiques vertueuses, les sondés misent principalement sur «les réglementations édictées par les pouvoirs publics» (40%), ainsi que la « pression » des clients ou consommateurs (32%). Mais ils ne sont que 3% à croire que «la pression de leurs salariés» puisse être d’une quelconque efficacité.[1]

 

[1] Etats-Unis : une opinion publique globalement favorable à la lutte contre la changement climatique – pour en savoir plus :

-        http://www.nytimes.com/interactive/2015/01/29/us/global-warming-poll.html?_r=0

-        http://www.lemonde.fr/climat/article/2015/02/02/deux-tiers-des-americains-favorables-a-une-politique-de-lutte-contre-le-rechauffement_4568441_1652612.html

-        http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/02/10/changement-climatique-des-solutions-existent-pour-9-francais-sur-10_4573750_3244.html

-        http://www.rtcc.org/2014/11/24/mapped-how-the-world-sees-climate-change/